Je voulais acheter mon sapin de Noël hier après le travail mais le monsieur, au kiosque extérieur de la Place Versailles, acceptait pas les paiements par carte pis y commençait à faire trop noir pour que je couraille au guichet automatique. Avec toutes les fusillades depuis l’été à Montréal, y vaut vraiment mieux s’abstenir de sortir en soirée. D’ailleurs, celle qui est survenue dans la nuit de jeudi à vendredi a eu lieu à distance de marche de chez nous. Je vis pourtant pas dans un quartier dangereux mais ça a ben l’air qu’on est pu en sécurité nulle part. ☹️
C’est donc pas trop tard à matin que je pars en mission pour l’achat du fameux sapin. Le défi, c’est d’en trouver un beau, pis surtout pas trop gros pour le rentrer entièrement dans le KONA. Évidemment, yé hors de question que j’attache quoi que ce soit sul top de mon char. 11h., la transaction est conclue. En rentrant les deux boutes de mon sapin dans des grands sacs à poubelle, je réussis à le trimballer ni vu ni connu dans mon bolide. Reste juste à le monter au TROISIÈME pis à le visser dans son socle avec l’aide de Renaud.
Ça fait un mois que je tergiverse sur l’emplacement du sapin. Mon salon est assez grand mais y’a pas mal de meubles dedans pis j’ai pas envie de les changer de place. Avant, j’installais mon sapin pas si loin du calorifère mais là, je sais pas trop comment Charlot va se comporter. À vrai dire, je l’imagine pas pantoute grimper dedans mais je peux pas en être certaine pis je voudrais pas que le sapin sacre le camp pis pogne en feu. Avez-vous déjà vu ça un chat qui joue dans un sapin ? Checkez ça !
Après quelques réflexions, je me décide enfin sur un emplacement que je fais approuver par mon frère. En fin d’après-midi, je me sers une bière pis je commence la décoration avec Elvis qui chante des tounes de Noël en bruit de fond. Après un peu de gossage pour répartir les lumières égales, j’enchaîne avec les boules sous l’œil vigilant de Charlot qui semble pas plus intéressé qu’y faut par le nouvel artefact. Pour mettre toute les chances de mon bord, j’attache le sapin à une poignée de la porte patio. Comme ça, je devrais pouvoir dormir tranquille. Ah non, c’est vrai, depuis que j’ai Charlot, je dors pu tranquille. Mais ça, c’est un autre dossier…

Je sais pas pour vous-autres, mais moi, quand je regarde mon sapin de Noël, je peux pas m’empêcher de constater à quel point y’a changé par rapport aux sapins de mon enfance. Sérieusement, y sont-tu rendus assez « fancy » à votre goût les sapins des années 2000 ? Eille « dans mon temps », les sapins étaient pas mal moins « Pinterest » mais pourtant, on les trouvait donc beaux.
Chez nous, on avait toujours un sapin naturel pis le décorer, c’était tout un événement. Habituellement, mes parents s’occupaient de la première étape : les maudites lumières. Si vous avez des jeux de lumières récents, vous avez dû remarquer qu’asteur, le kit fonctionne même en présence d’une ampoule brûlée, ce qui est selon moi, une des plus grandes avancées du XXIième siècle. Dans le temps par contre, ça marchait pas de même pis repérer la lumière fautive qui empêchait l’illumination de tout le set, c’était toute une paire de manches qui pouvait générer une certaine impatience pis quelques sacres bien placés. Nos lumières donc, contrairement à aujourd’hui, étaient multicolores. Personne d’ailleurs, aurait eu l’idée de mettre uniquement des lumières blanches parce que Noël, c’était la fête, la joie, la couleur.
Après les lumières, c’était le tour des guirlandes, décoration plus ou moins disparue de nos sapins « feng shui ». Encore là, y’avait rien de coordonné ou de concept là-dedans. On en mettait deux-trois pas pareilles pis on trouvait ça superbe. Venait ensuite le tour des boules. Chez nous, on en avait une quantité industrielle de toutes les formes, couleurs, textures pis grosseurs. Je peux vous dire qu’on était à des années lumières des kits agencés de chez IKEA. En plus des boules, on accrochait des bricolages plus ou moins réussis, réalisés de nos blanches mains d’enfants. Y’en avait en carton, en pâte à sel, en styrofoam. De toute beauté ! Rendu là, le sapin commençait à être pas mal plein mais même si les branches pliaient déjà par en bas, on ajoutait des cheveux d’anges pis des glaçons, deux types de décorations complètement disparues de nos jours. Ça, tant qu’à moi, c’est pas plus mal. Les cheveux d’anges, j’ai jamais trop compris à quoi ça servait quant aux glaçons, les chiens les mangeaient, s’étouffaient avec pis vomissaient en dessous du sapin. La touche finale c’était de la neige artificielle, pouichée par ma mère, un peu partout sur les branches pis les décorations. Je me rappelle encore de l’odeur que ça dégageait, une odeur un peu sucrée qui tombait sul cœur à la longue.

En dessous du sapin, y’avait pas juste du vomi de chien. Y’avait aussi du papier roche pis une crèche, autre item pas mal disparu de nos jours. Là nôtre était passablement rustique pis maganée si bien qu’on aurait dit qu’elle datait effectivement de l’an 0. Joseph, Marie pis Jésus étaient collés dans le fond de la cabane faque c’était pas ben long à installer. Autour de la crèche, on plaçait quatre-cinq moutons chambranlants, la plupart ne disposant que de deux ou trois pattes, les autres ayant été grugées par les chiens au fil du temps. Bon là, vous allez me dire qu’on aurait peut-être pu en acheter d’autres ? Mais non. Dans le temps, on remplaçait pas nos affaires pour rien. Tant que l’objet pouvait faire la job, on le gardait. Non seulement ça nous dérangeait pas mais on était même contents de sortir nos moutons handicapés des boîtes chaque année. 🙂 Asteur, yé pu question d’exposer un objet magané en guise de décoration. Eille de quoi aurait l’air notre photo Instagram ? Moi je vous le dis, avec les réseaux sociaux, on s’est vraiment fait passer un sapin !
En attendant, voici le mien, édition 2021 : hydraté, décoré, attaché. Certifié ISO-Desaulniers. 😁
