J’ai passé un superbe été : périple en Gaspésie, séjour dans Charlevoix + Québec, expédition au Rapide-Blanc, journée en ponton, multiples moments en famille, sorties avec des amis, pis nombreuses heures de lecture/musique/soleil sur mon balcon avec Charlot. 😎 Franchement, après quasiment dix semaines de magnifiques vacances, j’aurais été ben mal avisée de me plaindre le 23 août, jour fatidique du retour au travail. Le 22 août, j’ai préparé toutes mes petites affaires, heureuse à l’idée de retrouver bientôt mes collègues pis mes élèves. Le lendemain matin, je suis partie vers l’école le coeur content, prête à relever tous les défis de cette nouvelle année. Dans le KONA, ma routine recommençait déjà avec la voix de Paul Arcand pis mon stop au Tim Hortons. J’étais motivée. C’est en arrivant dans le parking de l’école que j’ai déchanté…
Le parking à l’école, cette toute une histoire. Yé petit. Yé ben petit même. Heureusement, les places sont attribuées au personnel qui travaille à temps plein selon l’espace disponible. Jusque-là, ça va ben. L’affaire, c’est que l’espace est rarement disponible au complet. L’hiver, on en perd une partie à cause de la neige qui est empilée dans le fond. Le reste du temps, y’a toujours quelqu’un qui a un prétexte pour nous ravir des places pour faire des travaux quelconques. Cette année, y’a un génie qui a décidé que la rentrée scolaire était le meilleur moment pour faire des travaux sul toit de l’école pendant huit semaines. Évidemment, pour parker les trucks pis la machinerie, y’a fallu réquisitionner de l’espace faque on nous a retiré toute la partie en rouge. Ça l’air de rien de même mais ça, c’est une vingtaine de places en moins. Places qui évidemment, ont été attribuées quand même… Pour couronner le tout, l’école a décidé de laisser les barrières ouvertes en permanence pour faciliter les allées et venues des travailleurs faque devinez-quoi ??? Non seulement les profs à temps partiel, qui sont pas censés se parker là, viennent squatter des places mais les élèves effrontés en profitent aussi ! Un beau bordel. Pour avoir la chance de se parker le matin, une seule option : arriver avant les autres, tôt, très tôt, même quand c’est pas utile. Me vla donc pognée pour les huits prochaines semaines (ça c’est si ça va ben), pour arriver à la job aux aurores. Je suis déjà en beau maudit pis j’ai pas encore franchi la porte de l’école. 😡

La porte, je mets pas longtemps avant de regretter de l’avoir ouverte. Dans la bâtisse, y doit ben faire 32ºC avec un taux d’humidité à 90%. On dirait ben que la climatisation, qui fonctionne habituellement de façon sommaire, marche pas pantoute. Ma mauvaise humeur monte d’une autre coche. Dans l’école, je me sens comme un rôti de boeuf en train de cuire à feu doux dans un Crock Pot. Y faut que je travaille asteur mais pour l’instant, mon exaspération mijote. En arrivant à l’étage où se trouvent mon bureau pis nos salles de classes (le plus haut pis le plus chaud), je fais une reconnaissance des lieux. Première constatation : je suis éblouie par la brillance des planchers. Y’ont été cirés pendant l’été pis je vous jure, y font quasiment mal aux yeux. Deuxième constatation : pour faciliter le cirage, TOUT a été déplacé pis débranché. Y’a pu RIEN qui marche. Les téléphones ? Aucun signal. Le Wi-Fi ? Bof. Les tableaux interactifs ? Pas de son, pas d’images. Les imprimantes ? Hors service. Les ordinateurs ? Marchent pas non plus. La photocopieuse ? En bourrage papier, comme d’habitude. Heureusement, en règle générale, on passe par le service d’imprimerie du CSSDM pour commander toute notre reprographie mais guess what ??? Y sont en manque de personnel pis y fournissent pas. Les gars de l’informatique sont débordés eux-autres aussi. Débordés pis introuvables. Y faut être indulgents avec eux-autres. Y travaillent tellement fort ! On peut pas leur en demander plus. Nous autres par contre, y faut être productifs. Les élèves arrivent dans deux jours pis on se croirait dans une école en construction.
Construire l’avion en plein vol, c’est ça qu’on fait dans les écoles du Québec. Vous comprenez pas que les profs fassent des dépressions pis décrochent autant que les élèves ? Ben une partie de la réponse est dans ce que je viens d’expliquer. On nous demande de faire des miracles avec rien. Avec tout ça, ça fait pas une demi-heure que je suis arrivée pis mon presto est pas loin de sauter. Y faut encore que j’aille dans l’auditorium pour écouter tout le bla bla de début d’année. Habituellement, on gèle là-dedans. Ça va peut-être faire du bien… Dans l’auditorium, on doit ben être 250. Non, c’est peine perdue, y fait pas frette. Y fait aussi chaud que dans le reste de l’école. Pendant tout l’avant-midi, on se fait servir le même discours que les années d’avant : « Soyez bienveillants les uns avec les autres, déployez des efforts surhumains pour vos élèves à besoins particuliers, inscrivez-vous à cette merveilleuse formation pour diversifier votre enseignement, joignez ce fabuleux comité pour occuper votre temps, oui on est au courant de telle situation pis on va essayer de la régler »… C’est long, surtout quand on sait tous les problèmes qu’on doit justement résoudre. L’avant-midi se termine par l’annonce du départ à la retraite de notre GRANDE directrice. On va désormais devoir composer avec une personne qu’on connait pas.
La bonne nouvelle, c’est que nous-autres les enseignants, on fait affaire en priorité avec notre direction adjointe. La mauvaise nouvelle, c’est que dans le secteur pharmacie, la directrice adjointe est malade. Depuis l’an passé. La bonne nouvelle, c’est qu’elle est remplacée depuis ste temps-là par une directrice qui a accepté de nous prendre en plus de ses secteurs habituels pis qu’on aime beaucoup. La mauvaise nouvelle, c’est qu’elle pourra plus s’occuper de nous-autres cette année. Sa charge de travail est trop importante pis si elle réussissait à s’en sortir avec un secteur de plus, ça enverrait un mauvais message à la GRANDE direction. La bonne nouvelle, c’est que notre nouvelle directrice adjointe semble ben fine, disponible pis motivée. Ça pourrait ben aller. On va voir ça à l’usage pis à l’usure. Laisson la chance au coureur.
Me vla donc, aujourd’hui, quatre semaines plus tard. Avec notre nouvelle convention collective, on a le droit de travailler deux heures par semaine à la maison, pour une moyenne de 32 heures de travail hebdomadaire. C’est ça que j’ai fait à matin. À 10h., mon weekend commençait. Heureusement que mes 32 heures étaient atteintes parce qu’il aurait fallu que j’aille finir mon temps à l’école pis à cette heure-là, j’aurais pas trouvé de parking. Bon, voulez-vous savoir comment ça va un mois plus tard ? Eh ben, ça va un peu épuisée. Je viens de passer un mois à me lever avant les poules, en quête d’une place de stationnement. Je viens de passer un mois, pis mes collègues aussi, à enseigner dans un véritable fourneau. Dans nos locaux, la température, combinée au taux d’humidité pis aux PPM, dépasse souvent les recommandations émises en lien avec la propagation de la COVID-19. Bon, y faut ventiler paraît-il mais chez nous, les systèmes de ventilation on connaît pas ça. Quant aux fenêtres, ben elles ouvrent pas dans mon école faque on peut oublier le projet. Devant notre désespoir, notre nouvelle directice nous a fait envoyer des ventilateurs sur pieds. Les plus performants font tellement de bruit qu’on doit crier par-dessus pour enseigner. Dans une de mes classes, j’ai un petit ventilateur d’usage domestique, sur pied lui aussi. Yé pas bruyant mais yé tout croche pis y tient de peur. J’ai toujours peur qui sacre le camp d’ailleurs. À part ça, depuis un mois, on compose avec des élèves de tous milieux, capacités, besoins, comportements pis j’en passe. Par conscience professionnelle, j’en dirai pas plus.
Au fil des jours, au moins, tous nos équipements ont été rebranchés. Le service d’imprimerie est par contre toujours à la ramasse, la photocopieuse encore en bourrage papier pis les gars de l’informatique sont plus introuvables que jamais. Ah, pis j’ai pas pensé de vous dire, on a un nouvel agent de sécurité. En quatre semaines, je l’ai vu plus souvent au café d’en face qu’à son poste. En réponse à une de mes collègues qui soulignait qu’il est jamais à la porte pour contrôler les entrées d’élèves ou répondre aux urgences, notre directrice adjointe nous a expliqué qu’il a pas le temps de vaquer à ses tâches de base parce qu’il siège dans trop de comités. Eille, c’est comme si moi, j’avais pas le temps d’accomplir ma tâche première qui est d’enseigner. Parlant d’occupations, mes collègues pis moi, cette année, on doit monter le nouveau programme de pharmacie qui entre en vigueur dans deux ans. Dans la foulée, on doit se faire former à la vaccination puisque les assistants techniques vont à présent pourvoir vacciner. Si on veut l’enseigner dans le programme, y faudrait ben être capable de le faire nous-mêmes. Pis qui sait, ça fera peut-être des bras de plus rendus à la trente-deuxième vague… 😁
Parmi les choses qui ont pas changé, le TIM me sert encore un café moka sans chocolat chaud un matin sur deux. J’ai décidé d’en prendre mon parti pis de le savourer le matin qu’il est bon. Au Noninni, la fille « avec pas de sucre » semble disparue mais le barista masculin parle toujours à l’imparfait. Hier encore, je l’ai entendu dire à une cliente qui venait de commander un croissant : « Est-ce que je le faisais chauffer ? ». À mon tour, y m’a demandé : « Est-ce que je rajoutais du cacao sur le dessus ? » Eille, voulez-vous ben me dire c’est quoi ste manie-là de toujours parler de même ? Me semble que c’est long pour rien. En tout cas, je pense qu’on peut affirmer que ste gars-là vit pas dans le présent. 😁
Pour terminer sur une note positive, y faut quand même que je dise que je travaille au sein d’une super équipe où chacun travaille fort pis fait de son mieux. Actuellement, on est huit profs à temps complet en pharmacie. Huit profs qui comptent pas leurs heures pis qui ménagent pas leurs efforts. Huit profs qui s’aident sans conditions pis qui heureusement, réussissent à avoir un peu de fun de temps en temps. On devrait passer au travers de l’année, encore une fois. 😀

