Franchement, je suis née avec toutes les chances d’avoir la vie la plus facile qui soit. J’ai eu des parents normaux qui sont restés mariés jusqu’au décès de ma mère, un frère pis une soeur dont j’aurais difficilement pu être plus proche ainsi que des oncles, tantes, cousins pis cousines à profusion, tous du ben bon monde. J’ai grandi dans une maison joyeuse pis dans un quartier qui avait ben de l’allure. Chez nous, on avait deux chars, des chiens, des chats, une perruche pis pas mal tout ce qu’on voulait. J’ai suivi des cours de piano, de patinage artistique (longtemps !), j’ai fait du ski alpin, je suis allée en camp de vacances pis j’ai participé à un échange étudiant en Ontario. Vraiment, j’ai été choyée, probablement plus que la moyenne. Sauf que…




Malgré ça, à partir de mes 17 ans, fouillez-moi pourquoi, j’ai commencé à prendre des mauvaises décisions. J’ai parti le bal avec mes études. Moi, dans la vie, j’avais envie de devenir prof de français mais dans ce temps-là, y’avait encore ben des filles qui s’en allaient en enseignement faque je me suis dit que j’étais tellement bonne que j’allais faire quelque chose de plus hot que ça. C’est là que je me suis inscrite au CEGEP en… sciences humaines SANS maths. 😁😁😁 Évidemment, si y’a quelque chose qui mène à rien, c’est ben ça. J’ai quand même terminé le projet pis j’ai obtenu mon diplôme en 1990. En cours de route, à 18 ans, j’ai eu l’autre bonne idée de me matcher avec un gars douze ans plus vieux que moi, un peu contre l’avis de mes parents. Bon heureusement, le gars était fin pis mes parents, résignés, ont finit par l’aimer.
À 19 ans, en finissant le CEGEP, je suis partie m’installer chez mon trentenaire. Je me rappelle encore de ma mère qui pleurait dans le cadrage de porte de ma chambre. Elle m’avait donné un plat de Tupperware pis trois débarbouillettes. En réalité, j’avais besoin de rien. Le gars avait 31 ans pis y’était tout installé. Mes parents m’avaient aussi fait don de leur Volvo parce que là où je déménageais, y’avait pas de circuit d’autobus. Ste Volvo-là, c’était ma liberté. Elle avait juste un petit problème. Elle roulait uniquement avec le moteur frette ce qui fait que je pouvais juste faire deux ou trois kilomètres à chaque fois avant qu’elle étouffe. Partir au volant de cet engin-là était toujours un suspense. Autrement, elle était full équip, c’est à dire sièges en cuir, toit ouvrant pis radio AM/FM. 😁 Tout un char.

Avec en poche un diplôme qui servait à rien, j’ai décidé de travailler un an pour réfléchir pis faire mes maths fortes en cours du soir. En août 91, je reprenais le CEGEP, ste fois-là pour faire un DEC en informatique, en vue de devenir programmeur-analyste. Ça, c’était la mauvaise décision numéro 3. À l’époque, tout ce que je connaissais des ordinateurs, c’était le Commodore 64 à mon frère sur lequel ma mère pis moi, on s’amusait à vendre virtuellement de la limonade au bon prix en fonction de la température pis de l’humidité que le « jeu » nous suggérait. Mon frère, lui, y’avait un petit livre de programmes qu’y recopiait dans son ordinateur. Je pensais que c’était ça moi, programmer, copier des lignes de codages trouvées dans un livre. J’avais pas compris pantoute que les programmes, c’est moi qui devrais les inventer !

J’ai détesté mon DEC en informatique au plus haut point. De un, je comprenais rien de ce qui se passait. D’ailleurs, si j’avais simplement pris la peine de lire la description des aptitudes requises avant de m’inscrire là-dedans, j’aurais vu que j’en possédais aucune. De deux, la semaine même où j’ai commencé mes cours, j’ai appris que ma mère souffrait d’un cancer stade 4. Deux mois jour pour jour après l’annonce, elle mourrait. Ma mère est décédée un samedi, le 26 octobre. Ça va d’ailleurs faire 31 ans dans trois jours. Ste jour-là, pendant que mon père était parti à Québec pour récupérer tout son stock, ma soeur, mon frère pis moi, on a appelé la famille pour annoncer la nouvelle. Le dimanche, mon père s’est occupé des pré-arrangements funéraires pendant que nous autres on continuait les appels. Le lundi, ma soeur pis moi, on a emmené mon frère se magasiner du linge parce que sa garde-robe était presque totalement constituée de vêtements fluos pis que c’était too much pour un enterrement. Les funérailles ont eu lieu tu suite le mardi parce que mon père voulait pas qu’on manque trop d’école. C’était de même chez nous. On manquait pas l’école ou la job pour « rien ». Le mercredi d’ailleurs, mon frère pis moi on était de retour en classe, ni vus ni connus, pis mon père avait repris le travail. À quoi bon s’apitoyer de toute façon ? Ma mère allait être encore morte le 31, le 1er, pis tous les autres jours de notre vie.

Contre toute attente, je suis venue à boute de mon DEC pis j’ai obtenu mon fameux diplôme de programmeur-analyste, tout en combinant études pis travail à temps partiel. Dans la foulée, je m’étais séparée de mon vieux chum, rematchée avec un gars de ma classe pis en septembre 93, j’avais quêté l’hospitalité chez mon père contre entretien gratuit de la maison. J’y avais dit que je resterais pas longtemps. Comme de fait, en juillet 1994, je me mariais pis je déménageais à Montréal avec mes deux diplômes inutiles. Quelques semaines avant ça, j’avais eu la bonne idée d’aller m’informer auprès de l’orienteur du CEGEP pour savoir dans quoi m’inscrire pour être finalement prof de français au secondaire. Le programme en question se donnait à Trois-Rivières, ce qui me permettait de rester chez mon père qui aurait payé mes études pis tout le reste. Évidemment, une bonne décision d’une telle évidence a pas trouvé grâce à mes yeux. Je suis repartie du bureau de l’orienteur avec une liste de l‘UQAM sur laquelle y m’avait entouré le BAC en études littéraires. « Avec ste BAC-là ma fille, tu peux être prof sans problème mais si jamais tu veux ajouter des cordes à ton arc, tu feras un certificat en enseignement. » Je me rappelle de ste phrase-là comme si c’était hier…
Mon mari pis moi, on s’est installés à Montréal avec vraiment pas grand chose mais c’était pas grave. On était jeunes pis on s’en faisait pas avec la vie. On avait loué un petit 3½ pas trop meublé dans un immeuble un peu louche pis on dormait sur un futon. Évidemment, je pouvais pas demander à mon père de payer des frais énormes pour un programme que j’aurais pu suivre juste à côté de chez eux faque je me suis pris des prêts et bourses. Vers la fin de ma deuxième année de BAC, j’ai appris que je pouvais même pas enseigner au secondaire avec ste diplôme-là pis que le certificat en enseignement existait même pu. Y faudrait que je continue à la maîtrise pour que mes études servent à quelque chose. J’ai décidé de finir le BAC pis de voir après. J’avais déjà accumulé pas mal de $$$ en prêts à rembourser pis en plus, j’étais enceinte.
Moi des enfants, j’avais jamais voulu ça pour trois raisons. La première, c’est ben simple, j’aimais pas ça les enfants. Quand j’étais jeune, j’haissais ça pour mourir quand j’étais pognée pour aller en garder. D’ailleurs, j’y allais juste pour rendre service à mon père quand y disait à un collègue de l’Hydro que je le dépannerais. Encore aujourd’hui, je suis vraiment pas la fille qui devient complètement gaga devant des marmots. Les miens heureusement, je les aime. C’est la plus belle chose de ma vie. La deuxième raison, c’est qu’étant jeune, j’avais eu l’idée de m’inspecter l’entre-jambes avec un miroir pis j’en avais conclu que c’était totalement impossible qu’un bébé sorte par ce que j’avais aperçu là. La troisième raison, mais pas la moindre, je voulais absolument pas perdre des OS. Aie, déjà que j’avais passé presque tout mon secondaire en béquilles avec des orthèses aux deux genoux, y’était pas question que je perdre des OS qui étaient peut-être en bon état. Ceci dit, j’avais changé d’idée depuis le décès de ma mère. Je m’étais rendu compte, à ste moment-là, que mon père se serait ramassé pas mal tu seul sans nous autres, veuf à 48 ans.
Étant pas de nature à abandonner mes projets facilement, j’ai poursuivi mon BAC tout le long de ma grossesse qui s’est déroulée à merveille. Le 4 octobre, j’étais assise à l’UQAM en train de faire un examen. Le même soir, mon travail se déclenchait, à 40 semaines pile. William est né le 5 octobre après 22 heures de contractions pis un accouchement digne d’une tuerie. Pour vrai, y’a absolument rien qui s’est bien passé. La césarienne d’urgence a été envisagée mais finalement, la médecin a opté pour les forceps après trois heures de poussées. S’en est suivi un racommodage interminable, tellement que je pensais que l’obstétricienne était en train de me broder une courtepointe. William, quant à lui, était pas ben ben vigoureux. Son APGAR était mauvais pis ses plaquettes, trop basses. À peine 36 heures plus tard, j’étais de retour chez nous à moitié morte mais surtout persuadée que William allait lui-même mourir. Ça m’en prenait pas plus pour plonger tête première dans un genre de dépression post-partum. Évidemment, mon état était pas favorable à la prise de bonnes décisions faque…
… j’ai continué à enchaîner les mauvaises…
