J’avais 25 ans quand j’ai accouché. Avoir William était pas une mauvaise décision. Le timing, oui. J’étais encore aux études pis tout ce que j’avais, c’était des dettes. Mon mari, lui, venait juste d’être embauché dans son domaine faque on était loin de rouler sur l’or. À l’exception de mon oncle Guy, le frère de mon père, pis de sa blonde Kathleen, on connaissait pas un chat à Montréal. Pis bon, on se le cachera pas, Guy, les enfants, c’était pas exactement sa spécialité. 😁 Au moins, on était rendus dans un 4½, ben propre, mais toujours dans un immeuble un peu louche. Je me rappelle que quand on avait déménagé là-bas, on avait sacré pas à peu près pour passer dans les escaliers un maudit GROS set de chambre blanc que mon père m’avait donné l’année d’avant. En tout cas… William pis moi, on est rentrés plutôt maganés de notre séjour à l’hôpital pis comme dans le temps on accordait seulement trois jours de congé à un nouveau papa, ça a pas été long que je me suis retrouvée tu seule avec mes idées noires, ma fatigue pis mon inexpérience.
Complètement irrationnelle depuis mon accouchement, je m’étais persuadée que William allait mourir faque je le surveillais 24 heures sur 24, même quand y dormait. SURTOUT quand y dormait. Dans ces rares moments-là, plutôt que d’en profiter pour récupérer un peu, je m’assoyais à côté de sa couchette pis je le surveillais, quitte à des fois m’endormir sul plancher une couple de minutes. Mon mari avait beau me dire d’aller me coucher pis qu’il allait prendre la relève, y’avait rien à faire. Dans mon délire, j’étais persuadée que si c’était moi qui le surveillais, y mourrait pas. « Grâce » aux cours prénataux, j’étais complètement obsédée par la mort subite du nourrisson. J’avais peur, aussi, d’ébouillanter Wil en y donnant son bain ou de faire une erreur dans sa recette de lait pis de l’empoisonner. Sur l’échelle de la non confiance en soi, on m’aurait ben donné 12/10.
Tu suite en janvier, y’a fallu que je retourne à l’université pour continuer mon BAC qui s’éternisait. J’étais claquée raide, stressée, pis je me trouvais grosse même si j’étais descendue à 115 livres. J’avais inscrit William dans une pouponnière à 35$ par jour mais je l’avais vite retiré après l’avoir retrouvé la tête tout puckée un après-midi, en allant le chercher. La gardienne qui l’avait pas surveillé avait été relocalisée avec les enfants plus grands mais j’avais pu confiance. À partir de ste moment-là, c’est Kathleen, la blonde de mon oncle, qui gardait William à la maison. J’y donnais le même prix qu’à la garderie pis j’y prêtais ma passe d’autobus gratis la fin de semaine vu que je sortais pas ben ben. Rendue en juillet, mes affaires se plaçaient tranquillement faque je me suis dit que c’était le temps de reprendre une mauvaise décision pis j’ai décidé de divorcer. Avec le recul, je me rends compte que c’est pas la meilleure idée que j’ai eue dans ma vie. Mon mari, c’était un bon gars pis me semble qu’on s’entendait pas si mal. Anyway… J’avais pas les idées super claires.

Suite à ma séparation, je me suis retrouvée avec William dans un grand 5½ pour lequel on avait signé un bail plusieurs mois auparavant. Le proprio avait jamais voulu casser le bail faque on avait décidé que je m’installerais dedans pour un an pis que mon mari en paierait une partie. L’appartement était IMMENSE pis j’avais quasiment pas de meubles sauf poêle-frigidaire, les meubles de la chambre à Wil pis le vieux set de chambre de mes parents, cadeau de mon père, que j’avais repreint en vert. Cette année-là, j’ai continué pis fini mon BAC, toujours avec Kathleen comme gardienne. Un an plus tard, en juillet 1998, je redéménageais deux coins de rues plus loin dans un 4½ un peu plus abordable. William avait quasiment deux ans. J’avais pas de job, pas d’argent, deux DEC + un BAC inutiles pis 18 000$ de prêt étudiant à rembourser (24 000$ avec les intérêts). Je pouvais oublier la maîtrise. Au travers de tout ça, j’avais rencontré quelqu’un, un français, avec qui je faisais des projets d’avenir. Déménager en France me tentait beaucoup mais partir avec William était pas vraiment une option parce que je voulais pas le séparer de son père qui le prenait une fin de semaine sur deux. On a donc décidé que c’est mon chum qui s’installerait ici. Pour faciliter le processus, on s’est mariés le 22 février 1999, jour de ma fête.
Quelques mois après son arrivée ici, mon mari a obtenu son permis de travail pis trouvé un emploi. À cette époque-là, les garderies à 5$ existaient pas encore pis comme j’avais aucune qualification utile pour trouver une job qui avait de l’allure, on a décidé que je resterais à la maison avec William en attendant sa rentrée en maternelle. À vrai dire, ça faisait ben mon affaire parce que j’avais absolument pas envie de le caser en garderie 40 heures et + par semaine. Je voulais pu d’enfants parce que j’avais trouvé ça trop dur avec Wil mais en 2000, j’ai subitement changé d’idée. Un mois plus tard, j’étais enceinte pis en mai 2001, à 30 ans, j’accouchais de Renaud. Ste fois-là, pas question de post-partumer pendant des mois. Je l’ai eu un vendredi, je suis revenue chez nous le dimanche, pis le lundi, je magasinais aux Galeries d’Anjou avec des feuilles de chou dans ma brassière. 🤣 En juillet 2001, on déménageait (encore) dans un 5½ situé dans un rond-point, face à un parc, avec la future école de William en vue par ma fenêtre de cuisine. Cet appartement-là, fiez-vous sur moi, j’allais le garder longtemps. Y’était beau, grand, bien situé mais surtout, tout le monde était écoeuré de déménager le maudit GROS set de chambre.

Je pensais garder l’appartement longtemps mais on avait à peine défait nos boîtes que le duplex était vendu pis que les nouveaux propriétaires décidaient de réquisitionner NOTRE logement ! On avait un an pour quitter. En octobre 2002, toute la famille pis le GROS set de chambre déménageaient une autre maudite fois, dans un autre 5½, mon sixième appartement en huit ans. Entre-temps, j’avais pensé que même si encore une fois, je voulais pu d’enfants, ça ajouterait du piquant de déménager enceinte avec deux autres enfants dont un bébé de 17 mois. Aussitôt pensé, aussitôt fait. Un mois après ma bonne idée, j’étais enceinte pis en février 2003, le 14, j’accouchais de Morgan, mon bébé de la St-Valentin. J’avais 31 ans, William 6 ans pis Renaud, 21 mois. Ah pis on avait acheté un char aussi, une Toyota Corolla dans laquelle on squeezait trois sièges d’auto en arrière. 😬

Mon mari pis moi on a été treize ans ensemble, en tout et partout. On se chicanait pas tant mais on s’entendait sur absolument rien si bien qu’en 2010, j’ai décidé qu’y m’avait assez vue pis j’y ai annoncé qu’un de nous deux devait partir. Comme y’était pas trop content, il a exigé demandé de garder l’appartement pis j’ai consenti, à regret, à la garde partagée de Renaud pis Morgan. Trouver un nouvel appartement a pas été une mince affaire. Sans revenus, avec trois enfants, des gars en plus, c’était comme si j’avais une pancarte « Louez-moi surtout pas votre appartement » accrochée dans le front. Après des mois de recherches infructueuses, la solution est arrivée par Agnès, mon amie française, qui quittait son appartement pour retourner en France pis qui avait parlé de moi à sa proprio. La madame, super fine, avait accepté de me louer son 5½, pour vraiment pas cher en plus. Pour la rassurer, mon frère avait signé en garantie. Soit y me faisait ben confiance ou soit y’était complètement inconscient parce que moi-même, j’avais aucune idée de comment j’allais réussir à payer.
Faque en juin 2010, croyez-moi, croyez-moi pas, je déménageais encore une fois. Ste-fois-là, j’avais engagé des déménageurs parce que mine de rien, mon père était rendu à 67 ans pis mon frère sortait d’une hospitalisation suite à une pneumonie. En plus, je passais d’un deuxième étage à un troisième, ce qui était suffisant pour décourager n’importe qui. Le pire, c’est que j’avais pas grand chose à mettre dans l’truck. Comme je voulais pas que mes enfants puissent dire un jour « Nous autres quand on était petits, notre mère a sacré le camp avec les meubles pis les décorations », j’avais quasiment tout laissé à mon ex sauf le mobilier à William pis le maudit GROS set de chambre de mes parents qui était rendu bleu. Au milieu de tout ça, j’avais peut-être pris une de mes meilleures décisions depuis longtemps. Je m’étais inscrite au DEP en assistance technique en pharmacie pis je commençais à la fin août.
Entre-temps, comme y fallait ben que je vive, j’avais mis mon orgueuil de côté pis j’étais allée faire une demande d’aide sociale pour l’été. Comme le mois de juillet était déjà entamé, on avait accepté de m’en donner pour le mois d’août. L’aide sociale, moi, je connaissais pas ça. Ste jour-là, j’ai appris que dans le calcul de ma prestation, y comptaient pas les enfants dans mes dépenses mais qu’y les comptaient dans mes revenus. Résultat : le montant accordé à une personne seule moins la pension que je recevais pour William s’élevait à 5.91$. 🤣🤣🤣 Oui oui, vous avez ben compris. J’avais droit à une prestation mensuelle de 5.91$, pour le mois d’août seulement, parce qu’à partir de septembre, j’allais être aux études. Je me retrouvais donc avec trois enfants à charge (un temps plein, deux gardes partagées), pas vraiment de meubles, pas de travail, aucun argent de côté, un prêt étudiant à finir de rembourser pis une aide sociale de 5.91$ par mois. Pour tout le reste, y’avait Mastercard. 😁 Ah pis dans ce temps-là, le gouvernement fédéral, plutôt que de verser toute l’année la moitié des allocations familiales aux deux parents, ben y versaient six mois à un pis six mois à l’autre. Évidemment, y’ont décidé de commencer avec mon ex.
Je pense que j’exagère pas quand je dis qu’au début juillet 2010, je pouvais difficilement être plus dans la marde que ça. Mais là, tenez-vous bien, j’avais décidé que le vent allait tourner…