Publié dans Réflexions

L’art de se sortir de la marde toute seule comme une grande fille (part 1)

Faque à la fin juin 2010, je me suis retrouvée dans un nouveau logement avec mes trois enfants pis pratiquement rien pour vivre. J’avais l’été pour réorganiser ma vie pis rendre l’endroit habitable avant de commencer mon DEP à la fin août. Heureusement, l’appartement avait été entièrement repeint pis les planchers, revernis. C’était ben beau, ben propre. Bien situé en plus : deux circuits d’autobus au coin de la rue, un parc en face de chez nous, une épicerie, une pharmacie, une SAQ pis une caisse Desjardins à deux minutes de marche. Ça, c’était un avantage non négligeable parce qu’évidemment, j’avais pu de char…

Je m’étais mise dans la marde tu seule faque j’allais sûrement pas aller gosser le monde pour quémander de l’aide. Pis non, pensez pas que c’était de l’orgueil mal placé. C’est simplement que j’avais, pis que j’ai toujours pour mon dire que quand t’es une adulte pis que t’as fait des mauvais choix, ben c’est pas aux autres de payer pour ça ou de trouver des solutions à ta place. Évidemment, si un peu d’aide apparaît miraculeusement pis que ça fait plaisir au monde, ben tu refuses pas pis tu te dis qu’un beau jour, tu renverras l’ascenseur.

Je me rappelle du jour de mon déménagement comme si c’était hier. Toute ma famille était venue m’aider même si j’avais engagé des déménageurs. Ma soeur avait défait les premières boîtes pendant que mon beau-frère assemblait les lits superposés que j’avais achetés à crédit pour Renaud pis Morgan. Mon père pis mon frère avaient installé mes rideaux pis branché mes laveuse-sécheuse pis mon lave-vaisselle. Les laveuse-sécheuse, je les avais négociées à la dernière minute à mon ex. Le lave-vaisselle, ben j’avais acheté le plus cheap que j’avais trouvé chez Brault et Martineau, à crédit, bien sûr. J’en avais profité pour financer un micro-ondes pis des matelas pour Renaud pis Morgan en même temps. Finalement, faut croire que mes achats étaient pas si cheaps parce que douze ans plus tard, j’ai encore le lave-vaisselle pis mon micro-ondes est rendu chez William, toujours fonctionnel. Les matelas eux-autres, je les ai donnés à mon ex quand j’ai acheté des lits doubles aux héritiers en 2018.


2010 : les lits de Renaud et Morgan
2010 : la chambre de William

Pour le reste, j’avais acheté les poêle-frigidaire pis la tv de mon amie Agnès qui m’avait aussi laissé plein d’affaires qu’elle pouvait pas ramener en France. Mon frère, lui, m’avait donné un divan, un peu démodé mais en parfait état, un petit meuble à micro-ondes pis un set de cuisine. Avec tout ça, j’étais pas pire meublée pis pas pire endettée. Y faut dire que j’avais aussi dû racheter (sur VISA) tous les menus articles utiles dans une maison (draps, serviettes, poubelle, syphon, séchoir à linge, balai, moppe, produis nettoyants, aliments de base, etc.) Quand t’as pu rien, la facture monte vite. D’ailleurs, j’avais même pas acheté de commodes pour le linge de Renaud pis Morgan. Heureusement, y’avait la place pour ça dans mon fameux maudit GROS set de chambre bleu, d’autant plus que moi, du linge, j’en avais pas. Pour tu suite, ça allait être ben correct de même.

2010 : le set de cuisine, cadeau de mon frère
2010 : William, Morgan pis Renaud sur le divan, très confo par ailleurs
2010 : les fameux meubles bleus qui rentrent même pas au complet dans la photo

Quand ma famille est partie ce soir-là, j’étais déjà pas pire installée. Oui, les lieux étaient modestes mais le principal était là. J’étais contente même si j’étais loin d’être sortie du bois. Je dis toujours que j’avais pu rien mais dans le fond, j’avais le principal : trois beaux enfants, une bonne famille, la santé pis beaucoup de motivation. Ah pis j’avais quelque chose d’autre ou plutôt QUELQU’UN d’autre. Ce quelqu’un-là, c’était ma belle amie Julie, qui peu après le départ de ma famille, était venue sonner chez nous, une bouteille de vin à la main. Ça, ça m’avait fait tellement plaisir ! En plus, Julie était dans une galère similaire à la mienne. Inutile de dire qu’on s’est beaucoup aidées pis encouragées. ❤️

L’été 2010 a passé ben vite. Comme je l’ai déjà raconté, j’avais réussi à obtenir une super prestation d’aide sociale de 5.91$, pour le mois d’août seulement. Au moins, y faut voir le bon côté des choses, j’étais pratiquement sûre de pas me faire ramasser par les impôts cette année-là. 🤣🤣🤣 Quelque part en juillet, j’ai quand même repris mon courage à deux mains pis j’ai récidivé auprès d’Emploi-Québec pour les supplier de m’aider le temps de ma formation. Suite à ma demande, j’ai été convoquée à une rencontre de groupe où je me suis retrouvée assise au milieu de gens plus ou moins bizarres. Chacun notre tour, y fallait exposer notre situation devant tout le monde à un monsieur pis une madame qui redirigeaient les « candidats » dans divers programmes d’aide. Quand j’ai pris la parole, y’ont eu l’air un peu perplexes. En gros, y m’ont répondu que d’habitude, Emploi-Québec payait pas de formation à des gens qui avaient autant de scolarité que moi, encore moins si c’était pour aller suivre une formation inférieure à tous les diplômes que je possédais déjà. Après consultation, y’ont quand même accepté de me laisser rencontrer un agent pour que j’essaie d’y vendre ma salade. La balle était dans mon camp.

Ste rencontre-là a eu lieu la semaine suivante. Je suis arrivée là-bas over motivée. Je m’étais préparé un discours à toute épreuve. Y’était hors de question que je sorte de ste bureau-là sans la promesse d’une aide, si petite soit-elle. L’entrevue avec l’agente a ben dû durer une heure. J’y ai expliqué ma situation, mon projet, ma motivation. Elle m’a demandé si j’étais au courant de la difficulté du DEP que j’avais choisi, de tout ce qu’y fallait apprendre en peu de temps, des centaines de noms de médicaments à mémoriser, tout ça, avec trois enfants. J’y ai répondu que oui, j’avais pris mes informations, que j’étais douée pour les études, que de la mémoire, j’en avais à revendre pis que je pouvais y réciter toutes les Fables de Lafontaine drette là. J’y ai dit, aussi, que je le faisais pour mes enfants, que j’avais le support de ma famille pis que même sans aide financière, j’irais quand même suivre le cours. Après négociations, j’ai réussi à obtenir 75$ par mois. En plus, Ô joie, on me laissait mon 5.91$ d’aide sociale. Aie, c’était pas des farces, je venais de mulitplier mon salaire par quatorze ! Qui parmi vous peut se vanter d’une telle prouesse ? 😁 En plus, en conservant mon statut d’assistée sociale, je gardais du même coup la carte bleue qui m’octroyait la gratuité des médicaments. Dans un an, j’aurais même droit au dentiste gratos. Mais dans un an, je travaillerais.

C’est ainsi que le 25 août 2010, je me pointais, remplie d’espoir, à ma toute première journée de formation à l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal. La semaine d’avant, je m’étais acheté (sur VISA) un beau sac d’école rouge (t’en rappelles-tu Julie ?), une boîte à lunch pis une paire de souliers cheaps de chez Payless ShoeSource. Comme j’avais pu de linge qui me faisait, j’avais aussi poussé la dépense pis je m’étais payé (sur VISA) un jean grandeur zéro pis cinq t-shirts XXS au Garage, ce qui constituerait ma garde-robe pour l’année. Ce jour-là, y’a pu rien qui pouvait m’arrêter. Avec mes 75$ par mois pis mes 90 livres, j’allais accomplir des miracles.

Moi, en 2010

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