Publié dans Aventures

Ce n’est qu’un aurevoir, mes frères…

Réveillée par moi-même à 5h45, je ramasse mon stock tranquillement pis je paquete le KONA. Aujourd’hui, je dois rouler jusqu’à Rimouski pis comme ça représente 430 km + quelques arrêts en chemin, je veux pas partir trop tard. En sortant de ma chambre à 6h30, j’aperçois le soleil pratiquement pour la première fois depuis mercredi. J’en profite pour faire quelques photos avant de quitter Percé, à la fois déçue que mon périple s’achève pis contente de peut-être sortir du maudit brouillard. Eille, ça va faire là. Depuis trois-quatre jours, j’ai l’impression d’être la vedette d’un mauvais film en noir et blanc. Bon, j’ai pas à me plaindre, j’en ai quand même beaucoup profité mais là, assez c’est assez. On est au mois de juillet ciboire. J’aimerais ça voir de la lumière pis de la chaleur.. 🌞

Du soleil pour mon départ

L’an passé, je suis repartie de Percé par la Baie des chaleurs pis par le Nouveau Brunswick. Cette année, j’ai décidé de repartir dans le même sens mais d’emprunter la vallée de la Matapédia. C’est beau, paraît-il, mais surtout, ça va me faire voir quelque chose de nouveau. Sur la route, le criss de brouillard met pas longtemps avant de refaire surface. Pour vrai, je suis vraiment tannée. Le pire, c’est que c’est tellement blanc partout que ça en fait mal aux yeux. Une autre affaire qui commence à me taper sul système, c’est les maudits VR qui montent les côtes à 45 km/h dans des zones de 90. Eille, moi j’ai pas un gros moteur dans mon char. J’ai besoin d’un swing pour monter ! Pis des VR en Gaspésie, Dieu sait qu’y en a ! Dieu devrait peut-être les équiper de moteurs plus perfomants aussi..

Rendue à Chandler, je fais un stop dans un Tim Hortons pour acheter un café pis une chocolatine. Des chocolatines, j’achète jamais ça. Je constate que c’est ben trop sucré. Je la remets dans son sac pour la jeter à mon prochain arrêt. Pour tu suite, je vais me contenter du café. Après quasiment deux heures de route, je traverse Pasbépiac. Ste petit village-là est plutôt anodin mais y se distingue par ses vélos décorés pis fleuris, disposés un peu partout. Je me rappelle que j’avais trouvé ça cute l’été dernier. J’en profite pour arrêter dans une halte pour faire pipi, sacrer ma chocolatine aux vidanges pis prendre une photo des fameux vélos.

Les vélos de Pasbébiac et toujours ce ciel gris…

Environ une heure plus tard, j’arrive enfin à Carleton-sur-mer. Cette année, je veux me réconcilier avec cet endroit qui m’a un peu déçue l’an passé, tout simplement parce que j’étais probablement pas arrêtée à la meilleure place. Hier, j’ai remarqué, par hasard, qu’il y avait un phare dans ste village-là. Je décide d’aller y jeter un oeil, en espérant trouver des toilettes par la même occasion. J’en profite pour échanger quelques textos avec mon frère qui me demande où je suis rendue. Ça me fait penser qu’y faudrait que je rappelle mon père. Je vais faire ça plus tard. Sul bord de l’eau, je prends quelques photos. C’est vrai que ça pourrait être beau si jamais y’avait un peu de couleurs.

Phare de Carleton
Carleton-sur-mer

Quand t’es dans le coin de Carleton, t’es tellement proche du Nouveau-Brunswick que ton cel oscille sans cesse entre l’heure du Québec pis celle des maritimes. Quand tu fais juste passer, c’est pas si pire. Quand tu vis là, ça doit être gossant pas à peu près. À force de rouler, je finis pas aboutir dans la vallée de la Matapédia. Première constatation : c’est plate. Deuxième constatation : c’est long. La vallée de la Matapédia, je m’étais imaginé ça comme un cadre enchanteur, parsemé de petits villages bucoliques. Erreur. Pendant je sais pas combien de temps, je roule roule roule au milieu d’un décor perpétuellement similaire. En plus, on dirait qu’on est juste cinq chars à rouler dans ste sens-là pis évidemment, c’est moi la première. Les autres ont l’air ben contents de me suivre dans ste parcours sinueux-là où la vigilance est de mise à chaque instant. N’empêche, sinueux ou pas, c’est tellement monotone que le fait saillant de mon passage là-bas se résume à 2 km de route pendant lequels y’avait pu de ligne jaune au milieu de la chaussée. Je suis pas fachée quand je retrouve finalement un semblant de civilisation.

En roulant sur mon nouveau chemin, je finis par déduire que je vais aboutir pile devant Mon joli motel. Eille je vous le dis, je commence à me débrouiller pas pire en Gaspésie. Vous cherchez un hébergement ? Un chemin ? Une activité ? Je suis votre homme. Autour de 13h., le KONA fait effectivement son entrée dans Ste-Flavie. Me sentant en terrain connu pis ressentant une certaine fringale, je décide de m’arrêter à ma petite cantine en bordure de la 132 pour acheter une guédille au homard, En checkant le menu, je constate, ahurie, que les guédilles au homard se vendent 25$ contre 10-12$ à Percé. Eille, yé hors de question que je débourse une telle somme pour quatre-cinq morceaux de homard garrochés dans un pain hot-dog. Je me rabats sur la guédille au poulet. 6$, c’est une aubaine. Je pars la manger à proximité du quai que je commence à connaître autant que les habitants du village.

Au quai de Ste-Flavie

Au quai de Ste-Flavie

À Ste-Flavie, le soleil montre timidement le bout de son nez. J’en profite pour marcher un peu (encore !) pis pour appeler mon père. À l’autre bout du fil, y me répète pour la énième fois que je devrais arrêter à Ste-Luce-sur mer. Je décide de me laisser tenter même si le brouillard est en train de revenir. J’ai pas trop le choix de toute façon. Yé encore trop tôt pour aller à mon motel. Je me parke à Ste-Luce en même temps que le maudit brouillard décide de s’estomper. Mon père avait pas tort. C’est joli là-bas. Je m’y promène pendant une heure, toujours émerveillée devant tant d’eau pis de zénitude. Eille, saviez-vous ça, que c’est ici que le Empress of Ireland a coulé en 1914 ? J’espère au moins que vous savez que c’est le plus grand naufrage survenu au Canada pis que ça a coûté la vie à 1012 personnes ? En tout cas, pour votre information, l’épave est toujours là, dans le St-Laurent, à 42 mètres de profondeur. D’ailleurs ici, sul quai, y’a une croix érigée à la mémoire des disparus. C’est triste hein ? Pas autant que ce qui suit… 😥

Ste-Luce-sur-mer
Ste-Luce-sur-mer
Croix celtique érigée en mémoire des naufragés du Empress of ireland

17h., j’arrive complètement fourbue à mon motel de Rimouski où je découvre une chambre pour le moins inusitée. Eille, imaginez-vous donc que dans toutes les chambres du motel, c’est MOI icitt qui a pogné la chambre ronde dans l’espère de petit pignon. Sul, coup, je trouve ça cute. La chambre est rigolote, propre pis vraiment proche de la mer. En voulant sortir explorer les environs, j’expérimente toutefois quelques problèmes pour barrer ma porte. Je gosse dans un sens pis dans l’autre sens, rentre, sort, pousse, rien à faire, je comprends pas comment barrer ma porte. Au bout de dix minutes, je retourne honteusement à la réception pour demander qu’on m’explique le principe. C’est là que, tenez-vous ben, l’employé sur place me répond candidement que ma porte barre pas ! Apparemment, la femme de chambre s’est rendue compte de ça aujourd’hui pis le serrurier a pas pu venir. Eille là, je suis flabergastée. Je sais pas ce qui me sidère le plus : que je doive laisser tout mon stock dans une chambre pas barrée si jamais je sors me promener, que je doive dormir tu seule sur la 132 dans une chambre débarrée ou que personne ait cru bon de m’avertir. L’employé me répète sans cesse qu’il y a pas de problème, qu’ici c’est pas dangereux pis que si je me fais voler, y vont prendre la responsabilité. La belle affaire ! Estie, je veux pas que quelqu’un prenne la responsabilité si tout mon stock disparait. Je veux REVENIR chez nous avec tout mon stock, point final. À la réception, je tergiverse, quelque peu indécise. Est-ce que je demande un remboursement pis je sacre mon camp ? Pas trop faisable. J’ai googlé vite fait pis tout est plein partout. Même ici, toutes les autres chambres sont prises. Est-ce que je demande un rabais ? C’est une idée mais je suis deboute depuis 5h45, j’ai roulé quasiment 500 km pis je suis brûlée raide. Je finis pour opter pour la capitulation en me disant que je vais ériger une barricade devant ma porte pis mettre un commentaire négatif sur leur site demain. En réalité, je suis pas super inquiète. Ma porte, sans être barrée, est super dure à ouvrir pis y’a quatre chars parkés devant. Ça m’étonnerait que quelqu’un s’aventure icitt. Pis bon, j’ai pu prévu sortir. Je suis morte de chez morte.

Mes héritiers, Français comme leur père, vous diraient que je suis mal barrée (au propre comme au figuré). En tout cas, si jamais je reviens pas à Montréal demain comme prévu, mon corps est au Motel de la mer. Dispersez mes cendres dans l’eau. Merci, bonsoir.

Motel de la mer, Rimouski
Ma chambre qui barre pas 🙂
Motel de la mer : ma chambre
Vue de ma chambre
Trajet jour #7 : en violet

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