Publié dans Réflexions

Ma mission de marde

Hier soir, je regardais Si on s’aimait à TVA. Allez savoir pourquoi, j’aime ça st’émission-là. C’est comme un genre de plaisir coupable.😊Pendant les premières saisons, j’en revenais pas à quel point les candidats étaient prêts à n’importe quoi pour se mettre en couple : passer à la TV, raconter leur vie devant tout le monde, faire des activités weirds avec des inconnus, vivre des moments inconfortables voire extrêmement gênants… Avec le temps, on dirait que l’émission a un peu bifurqué ou ben c’est moi qui comprends mieux le but. En fait, oui, les participants espèrent trouver l’Amour, mais y sont surtout là pour travailler sur eux-autres pis évoluer, on l’espère, dans le bon sens. Quand on y pense ben comme il faut, on peut juste les juger admirer. Dans l’épisode d’hier soir, une des candidates pleurait à chaudes larmes, sul bord d’une track de chemin de fer, en collant des fleurs en plastique sur un poteau, devant un gars désemparé, matché avec elle depuis une couple de jours. J’ai cru comprendre, parce que j’ai manqué un petit boute, que la soeur de la fille était morte à ste place-là. Happée par un train, j’imagine ? Pas trop sûre du pourquoi du comment. Ça m’apprendra à passer la balayeuse pour me divertir pendant les annonces…

Personnellement, y faudrait me payer cher pas à peu près pour que j’aille pleunicher devant des milliers de téléspectateurs.😬 Brailler à la tv, en petit comité ou même chez nous, très peu pour moi. Quessé que vous voulez que je vous dise, je suis faite de même. Travailler sur moi par contre, ça, je suis complètement pour. Me semble que passer toute une vie sans se remettre en question, sans évoluer, sans tenter de s’améliorer, c’est une méchante perte de temps. Cheminer, progresser, GRANDIR, ça devrait être un but à atteindre pour tout le monde. Pour ma part, j’ai une formidable occasion de le faire, au travail, depuis le 10 janvier dernier, jour où je suis devenue responsable du soutien aux élèves. En gros, depuis quelques mois, en plus de diverses tâches administratives (fermetures de dossiers, conseils sur le cheminement dans la formation, suivi des absences), je suis aussi en charge d’écouter les problèmes des élèves pis accessoirement de les aider à les résoudre. Ça mes amis, ça me force à travailler mon empathie puissance 1000 pis j’aime ça. J’aime ça parce que toute ma vie, je me suis fait dire par tout le monde que moi, j’avais peu ou pas d’émotions (c’est faux !), que j’étais intransigeante (c’est vrai), que j’étais une machine (?) pis j’en passe.

Bon, on va régler une affaire tu suite, des émotions, j’en ai. Oui oui ! 🤪 C’est juste que je les laisse pas gérer ma vie parce que j’ai pas le temps, ni le luxe, pis encore moins l’envie d’être dysfonctionnelle. Je le dis souvent, moi dans la vie, je suis en mission. Une mission confiée par moi-même à moi-même. Une mission dont tout le monde se fiche à part moi. 🤣 Ma mission, je sais pas trop comment la définir. Je pense que c’est tout simplement d’être contente de moi-même à la fin d’une journée. Contente d’avoir fait ce que j’avais à faire pis de l’avoir bien fait. Non, c’est pire que ça. Ma mission, c’est stupidement pis surtout très inutilement de me permettre aucune faiblesse. Pourquoi ? Pour qui ? Aucune maudite idée. Tout ce que je sais, c’est que pour y arriver, y’a pas 36 solutions. J’ai pas le temps d’être malade, fatiguée, stressée, découragée pis encore moins paresseuse. Si je me permettais un de ces états d’âme-là, j’échouerais ma fameuse mission dont tout le monde se fiche. 🙃 Pis comme tout le monde s’en fiche, ben c’est MOI qui serais déçue. 😂

Ma mission secrète a quand même des avantages. Elle me pousse à me dépasser, à être efficace, organisée pis productive. La procrastination, très peu pour moi. Ma mission m’en empêche. J’ai une migraine de l’enfer mais j’avais prévu cuisiner une batch de muffins pis une autre de biscuits ? Dla marde. Muffins pis biscuits prévus, muffins pis biscuits il y aura. J’avais prévu passer la balayeuse pis la moppe mais vla tu pas qu’une activité imprévue se pointe à l’horizon ? Aucun problème. Nettoyage des planchers prévus, nettoyage des planchers il y aura. Je clanche la corvée avant de partir ou en revenant. J’ai mal dans le dos, y fait 42º pis j’avais prévu laver mon char ? Au yable les courbatures. Lavage du KONA prévu, lavage du KONA il y aura, quitte à finir en rampant. 🤪 Je me couche enfin, après une journée de fou, pis je me rends compte que j’ai oublié de faire ma leçon d’espagnol ? No problemo. Leçon d’espagnol prévue, leçon d’espagnol il y aura. Je me lève pis hablo español quince minutos con mi teléfono. Bon, je vous rassure tu suite, j’ai l’air folle rigide de même mais je suis quand même capable de déroger de mes plans initiaux, en autant que ça vienne pas d’une faiblesse de ma part. Mission oblige.

Tout ça pour dire que je suis contente de travailler mon empathie parce que c’est vrai que j’en manquais un tantinet. Dans mon équipe, à l’école, c’est un secret pour personne que je suis, (ou étais ?) aussi empathique qu’un deux par quatre. C’est d’ailleurs rendu un running gag qui me fait rire autant que mes collègues. Que voulez-vous, personne est parfait. Jusqu’à tout récemment, quand quelqu’un se plaignait ou pleurnichait devant moi, je me disais intérieurement que c’était inadmissible de réagir comme ça, que MOI, je réagirais jamais de même, que MOI, je me laisserais jamais abattre par une niaiserie pareille. Ça c’était avant. Dans un avant récent. Dans un avant où je pensais que tout le monde devrait être infaillible. Asteur, j’essaie de me mettre à la place des autres pis de pas penser à ce que moi je ferais ou ferais pas en pareilles circonstances. Asteur, même si j’ai encore la face désemparée du gars de Si on s’aimait, j’écoute en me répétant mentalement que la personne devant moi a le droit de pas réagir comme moi je le ferais parce que ste personne-là est pas investie de MA mission ridicule. My god, je me reconnais pu… 😮

Non seulement je me reconnais pu mais apparemment, mes collègues non plus. Katrine, ma Denis Drolet non vêtue de brun (inside joke), est la première étonnée de mon étonnante transformation. Je la suprends tous les jours par mes remarques compréhensives, mes réflexions charitables pis mes commentaires conciliants. Tel un gourou, je répends la tolérance, je prône l’indulgence pis je sème la bienveillance. Dans mon bureau, je récolte les âmes en peine avec ma boîte de Kleenex, du chocolat pis des mots réconfortants. Réconfortants mais surtout sincères parce que j’ai enfin compris pis admis que tout le monde naît pas avec les mêmes chances, les mêmes capacités pis la même résilience. Mais surtout, tout le monde est pas investi de ma mission de marde.

Mission

dont tout le monde

se calisse fiche éperdument.

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