Mon père, c’est quelqu’un qui a une autorité naturelle. Yé grand pis y parle fort. Quand j’étais petite, y suffisait qu’y rentre dans une pièce en soupirant avec une face sérieuse pour que je prenne mon trou sur un méchant temps. Pourtant, j’ai pas souvenir que mon père ait déjà levé le ton ou la main sur moi. Non, c’est pas vrai. Une fois, une seule, j’ai été gratifiée d’une bonne claque sur les fesses. Je devais avoir 6 ou 7 ans. Avec mon petit voisin Gilles, on avait vidé plusieurs chaudières de sable dans le char de l’autre voisin. On en avait mis dans l’fond mais aussi sur les sièges pis sul dash. Ma mère avait dû passer la balayeuse pendant des heures sur les lieux du crime. Franchement, la taloche était plus que méritée. Eille, un instant. Un enfant qui fait ça à mon KONA, j’y dévisse la tête pis je traine ses parents en cour pour dommages physiques ET moraux. 😡
Quand j’étais petite, j’étais pas aussi proche de mon père que de ma mère parce qu’évidemment, y passait ses journées à travailler. Pourtant, en plus d’être le pourvoyeur de toute la famille, y s’occupait beaucoup de nous autres. J’ai plusieurs photos pis souvenirs d’activités faites avec lui. Mon père, c’était le genre de père qui, une fois par année, passait un après-midi à vider pis nettoyer le cabanon pour que ma soeur, ma voisine pis moi, on fasse du « camping » dedans. C’était aussi le genre de père à manger des biscuits de chien pour nous faire rire ou à exiger qu’on fasse « DING » quand on mangeait du blé d’inde pis qu’on arrivait au boute d’une rangée. Ça faisait des repas bruyants mais on riait. 🤣 Mon père, c’était aussi un gars habile de ses mains, travaillant pis toujours prêt à rendre service. Fiez-vous sur moi, si y branchait ou installait quelque chose chez quelqu’un, c’était drette, propre pis sécuritaire.

Mon père, c’est aussi lui qui faisait le taxi pour toutes mes activités, qui me reconduisait chez mes amies pis qui m’emmenait à tous mes rendez-vous médicaux, que ce soit à Sainte-Justine ou au CHUL, à Québec. Ben oui, déjà à 12-13 ans, j’avais quelques problèmes articulaires. Mon père gardait ses congés de maladie pour me charrier d’un hôpital à l’autre parce que ma mère avait peur de chauffer dans les grandes villes. Ça, c’était pas exceptionnel. À l’époque, y’avait ben du monde à Shawi qui aurait jamais osé conduire dans Montréal. Comme si Montréal, c’était l’apocalyse. Ah ben justement, Montréal, C’EST l’apocalypse ! 🚗🚑🤾♀️🚙🚚🚛🚴♀️🚒🚕🚌🚓
Un peu plus tard, c’est aussi mon père qui m’a montré à conduire. Je vous jure, ça a pas niaisé. Y m’a emmenée dans l’parking de l’Hydro, au boute de notre rue avec la Volvo. Y m’a dit : « Ça c’est le gaz, ça c’est le break. Avance ! » Trois minutes plus tard, je roulais dans un rang en face à face, à 70 km/h. Quand on est revenus chez nous, je savais conduire. Affaire classée. Deux mois plus tard, le 8 avril 1987, j’avais mon permis en poche. Un autre mois et demi plus tard, le 23 mai, j’accidentais la Volvo par ma seule et unique faute. Mon père m’en a pas tenu rigueur. Pas plus qu’à ma soeur qui s’est fait rentrer dans le derrière de sa Honda ou qu’à mon frère qui a foncé dans un autre char avec la Passat. Je retiens la leçon maintenant que Renaud se pratique avec le KONA. 🥶
Ma mère m’a déjà dit que mon père était déçu quand je suis née. Ça c’était à l’époque où les parents pouvaient dire les vraies affaires à leurs enfants sans devoir leur payer des années de thérapie. Toujours est-il que mon père espérait un garçon, ce que je comprends tout à fait. En plus, je sais que c’est impossible à croire mais y paraît que j’étais lette. Selon mes parents, j’étais grosse pis grande avec des gros cheveux frisés pis des jambes croches. Rien pour consoler un parent d’avoir reçu un enfant du mauvais sexe. À ben y penser, mon frère me doit probablement la vie. Qui sait si mes parents se seraient pas arrêtés à deux enfants si j’avais été un gars ? Bref, je me suis jamais formalisée de ste prétendue déception-là parce que je l’ai jamais sentie ou subie. En plus, on peut quasiment considérer ma naissance comme un miracle parce que je suis la dernière fille née dans la famille depuis 52 ans. Après mon apparition remarquée sont arrivés François, Marc-Antoine, Thomas, William, Renaud, Morgan, Xavier, Jacob, Émile pis Antoine. Cherchez l’erreur.




À 20 ans, je me suis retrouvée du jour au lendemain avec mon père comme seul et unique parent. J’avais pas prévu ça pantoute. Lui non plus d’ailleurs. Quand j’y pense, je réalise que ma résilience pis ma volonté de pas m’apitoyer sur mon sort viennent de lui. À l’époque, mon père s’est reviré sur un dix cennes. Lui qui savait juste faire du BBQ ou couper les légumes de la sauce à spag, y’a appris à cuisiner. Bon, c’est sûr qu’au début, ça se résumait à une grosse batch d’une seule recette qu’on mangeait toute la semaine mais quand même, l’intention était là. Avec le temps, mon père est devenu meilleur cuisinier que ben des femmes, chose assez rare pour un monsieur de sa génération. Encore aujourd’hui, y se fait des soupes maison, des patates pilées aux carottes pis ben d’autres affaires. Quand j’y ai parlé la semaine passée, y venait de se cuisiner un gros chaudron de soupe aux pois. Je le trouve bon d’avoir encore ste motivation-là à son âge. Rendue là, moi je risque de manger des grilled cheese pis des soupes en cannes. Ah pis évidemment, mon père a aussi appris à tenir une maison, faire du lavage, du repassage pis d’autres tâches de la vie quotidienne, tout ça évidemment en travaillant à temps plein pis en s’occupant de nous autres. Faut pas oublier qu’avec tout ça, y’avait juste 48 ans.

Y’a aussi d’autres affaires que je tiens de mon père comme aimer rouler en char, aimer laver mon char, aimer regarder mon char, entretenir mon appartement de façon maniaque, prendre soin de mes choses, placer les affaires drettes, économiser l’électricité pis boire du jus d’orange le matin. Évidemment y’a aussi mon formidable sens de l’humour qui me vient forcément de lui. Mon hernie discale aussi, sans aucun doute. Chez nous, le mal de dos, c’est familial. On est experts en grimaces qui surviennent à chaque fois qu’on se plie ou qu’on se déplie. Mon père a des pentures dans les orteils. Moi, j’ai une hanche artificielle. L’ORL veut me faire une mâchoire en téflon. Ceci dit, côté santé, j’aime quand même mieux tenir de mon paternel.
Mon père, c’est le père sur lequel j’ai toujours pu compter. Y s’est jamais mêlé de ma vie ou de mes affaires mais y’a toujours été là quand j’en ai eu besoin. C’est aussi le père avec qui, même adulte, j’ai fait plein d’activités pis eu ben du fun. Avec lui, on s’ennuie JAMAIS. Yé extrêmement drôle, ultra sociable, jasant, curieux, serviable, généreux, farceur pis très divertissant. Pour vrai, c’est tout un numéro. Vla deux semaines, mon père a eu 80 ans. On a fêté ça en petit comité parce qu’étrangement, y’aime pas être mis en vedette. À mes yeux pourtant, c’est une véritable star ! 😍


