Publié dans Chialage

En grève !

Grâce aux super grèves de la FAE pis du Front commun, tout le Québec connaît maintenant le salaire d’un enseignant rendu au dernier échelon. Oui, c’est vrai, on est pas pire payés, encore plus quand on considère qu’on travaille juste 200 jours par année. Personnellement, je craignais qu’on reçoive pas l’appui du public mais c’est finalement tout le contraire. Selon un sondage Léger, commandé par la FAE, 82% de la population croit qu’on devrait être payés plus cher. D’ailleurs, dès jeudi passé, Legault s’est empressé de nous poposer une hausse de 14.8% sur quatre ans, en échange de plus de flexibilité. Sans grande surprise, on a dit NON ! Pourquoi ? Parce qu’on se bat pas juste pour des salaires. On se bat pour des conditions pis des services. Un salaire, ça fait pas toute. Un salaire, ça justifie pas de travailler dans des conditions de 💩 non plus. Y’a un dicton qui dit que «l’argent fait pas le bonheur mais que c’est plus confortable de pleurer dans une Mercedes que sur un vélo». Ben laissez-moi vous dire que nous autres les profs, on braille pis on pédale. Pis on est déterminés.

Marche historique du 23 novembre

Bon, évidemment, moi je braille pas, mais oui, je pédale. 🚴‍♀️ Je pédale dans ce qui me semble parfois un parcours d’embûches sans fin. Des embûches savamment dispersées sur mon chemin exprès pour me décourager. À mon école, ça commence dans le parking. Bon, y nous coûte pas cher par année mais y vaut pas cher non plus. Non seulement, y’a perpétuellement l’air d’avoir été bombardé mais l’hiver, yé excessivement mal déneigé. L’abrasif ? Connaît pas. Plusieurs profs par annnée, moi compris, se pètent la gueule sur la patinoire qui nous sert de stationnement. Au moins deux d’entre eux repartent chaque hiver en ambulance. 🚑 En réponse à ma plainte, l’an passé, à propos de l’absence d’abrasif au sol, le responsable m’a répondu qu’on est au Québec pis qu’on peut pas s’attendre à être sur l’asphalte en hiver. Ben kin, c’est justement à ça que ça sert la tite garnotte, à pas glisser comme des phoques sur une banquise quand le parking est gelé ! Ben non toé, dans mon parking, y faut que tu marches comme un équilibriste, avec tout ton stock, en te croisant les doigts pour rejoindre la porte indemne. 🤸‍♂️

Heureusement, y’a pas à marcher trop longtemps parce que le parking, yé vraiment petit pis évidemment, yé sur occupé. Ça, c’est dû au fait que l’administration alloue 25 places de plus que ce qui est réellement disponible, en misant sur le fait que tous les membres du personnel sont pas présents au travail en même temps. Ok, ça je veux ben mais à ça, y faut combiner le fait que la maudite guérite est toujours brisée pis maintenue ouverte en permanence. Évidemment y’en faut pas plus pour que les profs sans vignette ou les élèves viennent squatter une place gratos. En réponse à ma plainte sur le sujet l’an passé, le responsable m’a dit qu’on avait juste à lui donner les numéros de plaque des chars sans vignette. Comme si j’avais juste ça à faire moi le matin, une tournée casse-gueule de son estie de parking. Bon, je me suis quand même risquée une fois à rapporter un char délinquant à la sécurité. Le gars m’a répondu que c’était pas lui qui s’en occupait pis qu’y devait appeler au CSSDM. On peut tu conclure que personne s’en est occupé ? 🤷‍♀️

À l’intérieur de mon école, c’est pas yable mieux. On est dans une vieille bâtisse faque on a un système de chauffage approximatif pis un air climatisé encore plus aléatoire. La ventilation ? On connaît pas ça. 🚫 En fait, je travaille des semaines entières dans des locaux sans aucune fenêtre, sans jamais voir la lumière du jour. Les rares locaux qui font exception à la règle sont pourvus de fenêtres qui rouvrent pas. Bon, au moins on a de la lumière.🌞C’est déjà ça de gagné. Mon bureau lui, c’est une ancienne armoire à balai, sans fenêtre, évidemment. Je le partage avec ma collègue Katrine. Heureusement qu’on s’entend ben parce qu’il est plutôt exigu. Quoique, s’entendre, c’est un GRAND mot. On est situées entre deux toilettes, celle des profs pis celle des élèves. Toute la journée, on travaille dans un vacarme INFERNAL de séchoirs à main, de fluschage de toilettes, de bruit de caca pis de gens qui vomissent. Eille, j’aurais jamais cru qu’autant d’élèves vomissaient. Pour vrai, c’est plus d’un par jour. Après on se demande pourquoi on pogne des virus… L’an passé, quand j’ai déménagé dans ste bureau-là, j’ai remarqué que la porte principale de la toilette des élèves était ouverte en permanence, attachée à un crochet par une chaîne pis un cadenas. J’ai écrit au responsable, encore, pour y demander de faire fermer la porte, comme c’est le cas pour la plupart des toilettes publiques. Y m’a répondu que c’était pas possible, qu’on savait pas qu’est-ce que les élèves pouvaient faire dans les toilettes. Eille, en formation professionnelle, on travaille avec une clientèle adulte cibole. On peut tu les laisser 💩 pis 🤮 en paix ?

Ah pis les toilettes, parlons-en. 🚽 Celles des élèves sont dégueulasses parce qu’elles sont surutilisées pis qu’on manque de concierges. Le seul et unique lavabo de ces toilettes-là a l’air de sortir d’une vieille halte routière abandonnée. Yé plein de vert de gris tout autour, sans compter qu’il est loin d’être propre. Les élèves, eux-autres, y passent leur temps à venir se plaindre à mon bureau du manque de savon à mains ou de papier de toilette. Des fois, je vais leur porter des boîtes de Kleenex. C’est probablement mieux de toute façon que notre nouveau papier de toilette qui est tellement mince qu’on est même pas capable le tirer du rouleau sans le déchirer. Résultat, y’a des tits boutes de papier partout à terre autant dans la toilette des profs que celle des élèves. Magnifique.

L’eau asteur… Dans mon école, on a pas vraiment d’eau potable. Bon, on a ben UNE petite machine au rez-de chaussée mais nous-autres on enseigne au cinquième étage. Évidemment, on a fait une demande pour avoir une machine à l’étage mais devinez quoi ? C’est pas possible apparemment. L’eau des robinets, on oublie ça. C’est écrit partout de l’utiliser uniquement pour le lavage des mains. Vaut donc mieux apporter son eau de chez soi (un prof, ça boit beaucoup) pis espérer de pas se casser la gueule avec dans le parking. Ah pis y’a mes collègues aussi. Les dix autres membres de mon équipe se partagent un bureau ridicule, à quelques pas du mien. Dans ste bureau-là, une seule prise de courant pour brancher tous les ordinateurs portables. Évidemment, y’ont fait une demande pour avoir des extensions mais non, y’ont pas le droit. 😁Tsé, quand rien est fait pour t’accomoder… 😡

Bon, y’a la clientèle aussi. Pis là, je veux pas parler contre nos élèves mais c’est un secret pour personne que partout, y’a de plus en plus d’élèves à besoins particuliers. Les nôtres font pas exception : TDA, TDAH, TSA, TPL, dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, dysphasie, dyscalculie, anxiété, problèmes familiaux, précarité financière, non maîtrise du français… L’essentiel de nos classes est composé d’élèves vivant avec un ou plusieurs de ces problèmes-là pis nous-autres, les profs, on essaie de les aider au mieux avec les maigres connaissances ramassées en faisant notre BAC en enseignement, BAC qu’on complète de soir ou de fin de semaine pour obtenir notre qualification légale. Cette année, on a trois ressources auxquelles on peut référer nos cas les plus graves : un travailleur social, une éducatrice spécialisée pis une psychoéducatrice. Trois ressources pour les élèves d’une quinzaine de programmes. Inutile de préciser que c’est loin d’être suffisant.

La dernière affaire sur laquelle j’ai ben envie de chialer, c’est le télétravail. Nous-autres, à mon école du moins, c’est pas valorisé pantoute. Oui, ça faisait ben leur affaire qu’on déploie des efforts d’ingéniosité pendant la pandémie. Oui, ça faisait ben leur affaire, encore la semaine passée, quand c’était la grève du Front commun pis qu’on pouvait pas rentrer dans l’école mais qu’on était payés pareil. Dans ces moments-là, quand ça les arrange, le télétravail c’est une super solution. Le reste du temps, c’est banni. En fait, on a le droit de faire DEUX heures de télétravail par semaine mais attention ! On doit quand même être présent à l’école cinq jours par semaine. Ça, ça veut dire qu’il y a une journée où, par exemple, tu vas aller travailler une couple d’heures à l’école pis retourner chez vous pour faire deux heures. Évidemment, c’est juste du trouble faque tu restes à l’école pis tu fais ta journée entière sur place. Pourquoi, quand on enseigne pas, on pourrait pas travailler de chez nous ? S’éviter le trafic, le parking de 💩 pis le bordel dans l’école ?

Ah pis avant de finir, j’ai oublié une affaire. Nous autres, les enseignants en formation professionnelle, on a pas de budget pour nos classes comme les profs du primaire ou du secondaire. Tout notre matériel, tout ce qu’on achète pour gâter les élèves, ça sort de notre poche. Combien de fois j’ai payé pour des petits chocolats, pour des gratteux à faire tirer avant Noël, pour des beignes pis du café pour célébrer la dernière journée de formation d’un groupe ? Oui, c’est vrai, on est pas obligés de faire ça mais on le fait parce qu’on aime nos élèves pis qu’on a notre travail à coeur. 💗 On aime notre job aussi, aussi exigeante soit-elle par boutes. Pire encore, on aime notre école. D’ailleurs, personnellement, c’est pas contre nos gestionnaires que j’en ai. Eux-autres aussi y font ce qu’y peuvent avec les moyens du bord. N’empêche, avec les sept millions offerts aux Kings, on aurait peut-être pu remplacer un lavabo, acheter une machine à eau pis patcher une couple de trous dans le parking. Eille, c’est quoi ste décision de marde-là ? Franchement, on est écoeurés de faire rire de nous autres.

Faque on va continuer à se battre, envers et contre tous !

Marche du 23 novembre
Avec mes collègues
Si c’est ça l’Québec moderne, ben moi j’mets mon drapeau en berne et j’emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent….

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