Tout commence le 17 novembre 2021, quand mon frère m’envoie ste photo-là en me demandant : « Où suis-je ? ». Pas évident comme devinette, vous en conviendrez. Sachant qu’avec le travail, y doit souvent aller en Haute-Mauricie, je fais des guess sur Matawin ou Wemotaci. Erreur ! Y finit par me répondre qu’il est sur la piste d’atterrissage de Casey, à l’endroit même où Raymond Boulanger s’est fait pogner avec sa cargaison de drogue en 1992. 🛩️ Pour ceux qui le connaissent pas, Raymond Boulanger, c’était un super pilote de brousse. Y savait piloter tous les types de petits avions pis en connaissait les plus infimes caractéristiques. Grâce à son expertise, il était devenu LE gars à appeler pour toute mission délicate que personne d’autre pouvait remplir. Le plus souvent (voire tout le temps), y transportait de la drogue mais lui, y se considérait pas comme un trafiquant. Y disait qu’il était un pilote pis qu’y livrait de la marchandise, peu importe ce que c’était. Bref, le gars a transporté des cargaisons que personne d’autre aurait réussi à transporter. Souvent, y’était pris en chasse par des F18 de l’armée mais comme y connaissait tous les modèles, y savait quand exactement les avions manqueraient de carburant pis qu’y pourrait les semer. Pour son gros coup qui devait se conclure à Casey, le gars avait réussi à voler avec un avion 9000 kg trop lourd dont 4000 kg de cocaïne. Le reste du poids, c’était des barils d’essence avec lesquels y se « tinkait » en plein vol. Pour vrai, ste gars-là, c’était un méchant moineau, tellement qu’il a été le seul québécois à charrier de la cocaïne pour Pablo Escobar. 🏆

Bon, l’histoire de sa capture est pas claire. Y’a une version qui raconte que les mafieux qui devaient l’attendre sur la piste d’atterrissage pour récupérer la drogue s’étaient trompé de jour. Une autre version dit plutôt que les gars ont attendu mais qu’y se sont tannés pis qu’y sont repartis. D’une façon ou d’une autre, le pilote s’est ramassé tout seul (avec trois-quatre colombiens) sur la piste de Casey avec sa super cargaison de coke. Comme l’avion aurait dû être détruit sur place par les mafieux pis que c’était impossible de redécoller avec, Raymond Boulanger, perdu au milieu de nulle part, a pas eu le choix de se rendre lui-même à la police. 🚓 Apparemment, y s’est présenté à eux-autres super calme, poli, pis gentleman. Ça l’a quand même pas empêché de pogner vingt-trois ans de prison mais y’en juste purgé onze. Bref… Hiver 2023, je regarde le documentaire Le dernier vol de Raymond Boulanger pis c’est là que je dis à mon frère qu’on devrait aller à Casey avec mon père qui aime tant rouler en char, surtout dans ste coin-là. Été 2023, on tente de prévoir la patente mais on est occupés pis les semaines passent sans qu’on ait pu mettre le plan à exécution.
Finalement, vous le devinez, c’est aujourd’hui qu’on concrétise le projet. Bon, des sorties de même, je le sais, y’a juste nous-autres que ça emballe pis y’a juste nous-autres qui faisons ça. N’empêche, ça pose un premier problème : le véhicule. Pour aller à Casey, y’a plusieurs kilomètres de route de gravel très hasardeuse. Pis là, quand je dis hasardeuse, je veux pas juste dire qu’un Desaulniers timbré a pas le coeur d’y aller avec son propre char. Hasardeuse ici, ça veut dire qu’avec un p’tit VUS comme ceux qu’on a, t’es pas sûr de te rendre pis encore moins de revenir. Première étape donc, louer un véhicule qu’on peut ramener en moins bon état que quand on est allés le chercher. Deuxième étape, réserver des chambres d’hôtel à La Tuque parce que sinon, ça nous fait une méchante ride, d’autant plus qu’on prévoit pousser jusqu’au village de Parent, village où y’a rien pantoute à voir. 🤣 Je me suis occupée des chambres pis mon frère, du véhicule, un beau Chevrolet Tahoe qu’on a récupéré ensemble, hier après-midi, à Trois-Rivières.


Faque à matin, 8h. sonnantes, c’est le départ de chez mon frère, à Nicolet, après avoir paqueté le char de différents items plus ou moins utiles. Nouveauté cette année, on s’est patenté, hier soir, une toilette de fortune pour les pipis d’urgence parce que là, on a BEAUCOUP de route à faire pis Evelyne pis moi, on est tannées de pas boire de la journée quand on roule dans les chemins forestiers. Bon, tout le monde connaît le principe du seau dans lequel on met un sac mais nous autres, on a innové. Plutôt que de traîner des sacs ou de faire pipi direct dans le seau pis devoir le vider, mon frère a eu l’idée de faire une toilette sans fond. Évidemment, comme chaque fois qu’on fait quelque chose ensemble, on a ben rit. 🤣🤣🤣 En plus, le résultat est plutôt concluant. Reste à tester plus tard. Parmi les articles utiles embarqués dans le Tahoe, on compte aussi un téléphone satellite (y’a pas de réseau où on va) pis un CB (si.bi).


À 9h. pile, on récupère mon père qui nous attend tout souriant au Château Bellevue pis on se met joyeusement en route dans notre véhicule qui donne l’impression qu’on s’en va magouiller dans un parking comme dans un épisode de District 31. Première attraction du jour, mon frère, qui doit faire un stop au Ministère des Transports de Shawi a apporté les clés pour accéder au tunnel qui passe sous l’autoroute. On y fait rapidement une reconnaissance des lieux parce qu’aujourd’hui, y faut saisir toutes les occasions de sortir du char, même pour quelques minutes. Obligatoirement pour quelques minutes en fait parce que des projets pour la journée, on en a un pis un autre. Le trajet vers La Tuque s’avère sans histoire pis non digne de mention, le seul fait saillant étant mon père qui arrête faire pipi sul bord du chemin à la hauteur de Matawin. Pour le reste, c’est une route qu’on fait souvent pis qu’on connaît pas coeur. Y fait beau, le soleil brille ardemment pis le ciel est bleu. 🌞 À La Tuque, on arrête en vitesse pour mettre de l’essence pis acheter de quoi pique-niquer plus tard. Après ça, on file sul chemin de La Croche, toujours en terrain connu, jusqu’à ce qu’on bifurque sur la route 25 que seul mon frère a déjà empruntée.

La route 25, c’est la route qui mène à Casey, à Parent pis avant ça, à la réserve de Wemotaci. Particularités de ste route-là, elle est toute en gravel pis les chars roulent à 100 km/h là-dedans. En semaine, pour rajouter au plaisir, y’a des planétaires (cliquer le lien pour info) qui sillonnent le chemin, chargés de cargaisons de bois impressionnantes. D’ailleurs, c’est à se demander comment y font puisqu’à plusieurs reprises, on doit emprunter des petits ponts de bois qui ont l’air cloués à la main. 😱 Bref, pour ajouter un semblant de sécurité, quand tu conduis là-dedans, y faut que tu call ta position à tous les un ou deux kilomètres dans un CB. Le principe, pour les néophytes, est le suivant. Tu dis le km où t’es rendu, si tu montes ou descends (selon les chiffres, pas selon le relief !) pis tu dis t’es combien de véhicules. En gros, ça donne : « kilomètre 22 en montant, une fois », « kilomètre 24 en descendant, deux pick-up », « kilomètre 27 en montant, une fois ». Bref, tout le long que tu roules, tu t’annonces pis t’écoutes les autres s’annoncer.
Toujours est-il qu’on avance sur la 25 avec comme premier objectif Wemotaci. Pour s’y rendre, on a 106 km de gravel à rouler. Heureusement ste portion-là de la route est entretenue par le Ministère des transports, qui y déverse régulièrement de l’abat-poussière. Ça nous empêche toutefois pas de « chiper » le pare-brise du Tahoe après une dizaine de kilomètres de festivités. Heureusement, mon frère a eu la sagesse de prendre l’assurance de la compagnie de location parce nous-autres, à chaque fois qu’on loue quelque chose, ben on le brise. 🙃 Sul chemin de Wemo, trois attraits touristiques attirent notre attention. Le premier, une carrière avec deux gars louches en motocross qui ont vraiment l’air d’être venus cacher un corps. Le deuxième, le lac Bréhard, destination baignade par excellence des Atikamekw. Le troisième, Sanmaur, un petit hameau dont on connaît pas la population pis qu’y tient son nom de la contraction des mots « Saint » pis « Maurice ». À voir là-bas, six ou sept bâtiments qui semblent inhabités pis une « gare ».



J’suis pas fâchée quand on arrive finalement à Wemotaci autour de 13h. On est dans le char depuis 8h15 pis les derniers cent kilomètres de gravel, agrémentés d’un défilé incessant d’arbres identiques les uns aux autres, étaient limite étourdissants.🌲🌳🌲🌳🌲🌳🌲🌳🌲Mon frère, qui connaît la réserve à cause de sa job, nous fait visiter les lieux qui ressemblent à rien de ce que j’avais imaginé. Eille, y’a une seule « épicerie », vraiment petite pis pas très garnie faque si tu trouves pas tes tomates en canne, ben t’en manges juste pas, sauf si t’as le courage de rouler 100 km dans un sens ou dans l’autre. Le reste des bâtiments est assez hétéroclite. Certains, comme les écoles, sont propres pis semblent quasiment neufs. En ce qui concerne les maisons par contre, c’est une autre paire de manches. À quelques exceptions près, la plupart sont des taudis avec des bordels dignes d’une dompe sul terrain pis toujours deux-trois gros chiens couchés devant, dans le sable, sans surveillance pis pas attachés, évidemment. 🐕 Pour vrai, c’est vraiment spécial.



Le clou de la visite de Wemotaci, c’est la superbe piste d’atterissage en sable de plage, piste qui visiblement, doit pas servir souvent à des Airbus. Commme elle a l’air peu fréquentée, on se permet de pique-niquer dessus avant de repartir vers le dernier point d’intérêt de la réserve, un belvédère un peu bancal mais qui offre une superbe vue. En route vers l’attraction, on tombe nez à nez avec un ourson qui traverse la rue, ben relax. 🐻 Moi qui ai tellement peur des ours, c’est la première fois que j’en croise un pour vrai. Mon père, qui a toujours une anecdote constructive, nous raconte que dans le temps, y’allait dans un village où y’avait un ours tenu en laisse comme un chien pis que l’ours callait des bouteilles de Pepsi pis que ça le faisait roter. 😂😂😂





14h30, la visite de la réserve est terminée pis on reprend notre route de gravel en direction de Casey. À partir de maintenant, c’est les compagnies forestières qui entretiennent le chemin pis c’est pas mal plus rudimentaire. Heureusement, le bolide porte bien mais à 100 km/h là-dessus, avec un hatchback chargé de pas mal de stock, j’ai l’impression d’être dans une sécheuse qui brasse des manteaux d’hiver. Heureusement, une nouvelle attraction captive notre attention : Hibbard. Est-ce un village ? Un hameau ? Non, c’est juste un genre de deux maisons maganées agrémentées d’une « gare ». 🚂 À mon avis, ça doit pas faire la file icitt pour monter dans le train pis encore moins pour en descendre. Au cas où je me trompe pis que vous vouliez voyager dans le boute, voici les informations utiles.
Type de gare : Poteau indicateur
Bagages : Le voyageur doit porter lui-même ses bagages au fourgon.
Avis : Aucun mineur non accompagné ne peut voyager à destination ou en provenance de cette gare.

L’arrêt à Hibbard s’avère aussi bref qu’inusité. De retour dans la garnotte, installé à l’avant du bolide, mon père est plus souriant que jamais. 😁 Y faut dire que pour lui, rouler dans des cul-de-sacs pis des endroits qui semblent pas safe, c’est une grande passion faque aujourd’hui, yé servi. Une vingtaine de kilomètres après Hibbard, on arrive finalement à la piste d’atterrissage de Casey, LA raison première de notre expédition. Eille, ça se peut tu… Louer un char pis rouler autant pour venir vénérer un narcotrafiquant ? 🤣 N’empêche, le lieu m’impressionne de par l’histoire qui va avec. J’ai l’impression d’être dans un endroit mythique où peu de gens doivent aller. D’ailleurs, qui est assez fou pour partir de Montréal, louer un char pis rouler des centaines de kilomètres de garnotte, tout ça pour admirer 2.5 km d’asphalte ? On en profite pour immortaliser le moment. 📷






On pourrait croire qu’après ça, on aurait rebroussé chemin mais ça serait ben mal nous connaître. 🚫 De retour, encore une fois dans le Tahoe pis sur la route de gravel, on se dirige vers le village de Casey pour checker de quoi ça l’air. Pis là… comment dire ? Heu… à Casey, y’a rien pantoute à part des maisons louches qui tiennent de peur. Là-bas, y’a pas de magasin, pas de… en fait, y’a rien. Rien sauf une cabine téléphonique pis un genre de réservoir de gaz. Ça sert à qui ? Aucune maudite idée. Des 374 habitants recensés en 2011, on en aperçoit pas UN SEUL dehors. Quedalle ! On dirait un village fantôme. 👻 Je te dis que là-bas, ça doit pas bouchonner pour entrer pis sortir du village. Eille, quand c’est rendu que la pancarte de ta ville a l’air écrite en calibri 96… 🤔


Bon avec tout ça la journée avance faque on reprend ENCORE la route, pour s’enfoncer toujours plus loin dans le chemin forestier. 🌲🌳🌲🌳🌲🌳🌲🌳🌲Tout ce temps là, pis depuis le début, on call des kilomètres dans le CB pis on écoute les autres caller à leur tour. Le principe est quand même fascinant. Plus fascinant encore, tous les gars qu’on entend parler ont la même voix. « Km 186 en montant, une fois ». Cette intervention, sortie de la bouche de mon frère, sonne notre arrivée à Parent, la dernière destination qu’on espérait atteindre. Km 186, ça veut dire qu’on a fait 186 km de gravel, sans compter les 192 autres qu’on a fait s’a s’phalte avant. Quand t’arrives à Parent, t’as vraiment l’impression d’avoir atteint le boute du boute de la route (c’est loin d’être le cas). D’ailleurs, assise en arrière avec moi, Evelyne a l’air à boute, l’air de se dire « estie, à un moment donné, y va ben falloir faire tout ste-chemin là à l’envers »… Oui mais pas tu suite ma chère. On a encore des projets. Avant toute chose, on fait une pause pipi-essence au magasin général parce que oui, là-bas, c’est loin mais y’a pas mal plus d’action. Y’a un genre de caserne de pompiers, un petit resto, un motel, un hôtel qui a été le théâtre d’une agression sauvage (lire ici) pis même des Chevaliers de Colomb ! N’empêche, ce qui captive le plus mon père, c’est la poussière qu’y doit se ramasser dans toutes ces maisons entourées de rues en garnotte.


Au départ de Parent, mon frère propose d’aller nous montrer Base radar. Ça représente « juste » un détour de 11 km faque on serait fou de s’en passer. 🙃 Base radar, comme son nom le dit, c’était une base militaire située sul top d’une montagne, en fonction de 1952 à 1964. Asteur, c’est un endroit quasi désaffecté mais le panorama à partir d’en haut est superbe. On s’y dégourdit un peu les jambes avant de reprendre le chemin en sens inverse. Sur la route du retour, y reste quand même un point d’intérêt, le barrage des Rapides-des-Coeurs. ❤️❤️❤️ Ste barrage-là, aucun d’entre nous l’a jamais vu. Y vaut les 60 km de gravel supplémentaires au compteur. On l’espère. On y découvre finalement un petit barrage, pas trop impressionnant mais les alentours sont jolis. Pour aujourd’hui, ça va clore les attractions. Reste plus qu’à revenir à La Tuque pour manger pis faire notre check-in à l’hôtel.



Yé finalement 22h30 quand on arrive dans nos chambres, à l‘Hôtel Marineau, après avoir mangé dans un des seuls restos encore ouverts. Mon père est top shape. Nous-autres, on est un tit peu fatigués. Mon frère pis moi, on s’assure que la TV de sa chambre fonctionne avant de l’abandonner à son sort pour la nuit. Aujourd’hui, on a roulé environ 725 km. Je prends ma douche pis je m’endors sans demander mon reste. 🛌 Demain, on repart dans le Tahoe.


