Je pense que j’ai jamais si bien dormi hors de chez nous pis peut-être même chez nous. Pour vrai, tout était parfait dans mon petit gîte de Caraquet, que ce soit la quiétude des lieux, la douce brise qui s’inflitrait par la fenêtre de ma chambre ou le super confort du lit. Comme quoi, y’a pas besoin d’aller absolument dans des grands hôtels pour passer un agréable moment. Toute bonne chose ayant malheureusement une fin (j’hais ste dicton-là), je me lève autour de 8h. pour préparer mes affaires pis organiser ma journée. Aujourd’hui, j’ai « seulement » 225 km à rouler. Une aubaine par rapport aux deux jours précédents. En quittant mon gîte, à 9h., je fais un premier stop essence dans une station ESSO pis je passe au Tim pour m’acheter un muffin pis un café. Au Tim Hortons, y doit bien y avoir cinquante chars à la commande à l’auto. Je décide d’aller commander à l’intérieur dans l’espoir de gagner du temps. La stratégie s’avère payante. Y’a un seul client avant moi. Au moment de payer ma commande, CATASTROPHE, je trouve pu ma VISA. Eille, me semble que c’est ni la place ni le moment pour perdre ma carte de crédit. Bon au pire, j’ai toujours ma carte de débit mais y faudrait au moins que je fasse les démarches pour annuler ma VISA, sans compter tous les bonidollars perdus d’ici la fin de mon périple. 💲💲💲
Au comptoir, devant le commis, je fouille désespérément ma sacoche, sans succès. Ma VISA, je la mets jamais dans mon portefeuille. Je la sors ben trop souvent. Quand je « voyage », je l’insère dans le porte-cartes de l’étui de mon téléphone. Le reste du temps, je la range dans une pochette zippée de mon sac à main. Pour l’heure, elle est ni dans un endroit, ni dans l’autre, ni dans le restant de la sacoche. 🚫 Je me croise les doigts pour qu’elle soit quelque part dans l’auto. Je l’avais vla cinq minutes quand je suis allée chez ESSO. J’espère juste que je l’ai pas échappée à terre à côté de la pompe ? Ou c’est peut-être carrément moi qui suis à côté de mes pompes ? Des fois, rarement, mais des fois quand même, ça m’arrive de « ranger » des objets dans des endroits inusités. Encore la semaine passée, j’ai mis les ciseaux au recyclage. J’espère que j’ai pas jeté ma carte avec le reçu d’essence ? Les trente pas qui me séparent de mon char me semblent interminables. Heureusement, par la fenêtre du SELTOS, j’aperçois immédiatement ma VISA ben en évidence dans le trou où on dépose les verres. Non, je suis pas folle. Secrètement, j’espérais l’avoir mise là. C’était un endroit logique, sachant que je m’enlignais initialement pour une commande à l’auto. Ouf, plus de peur que de mal. Tout est bien qui finit bien. 🤪
Remise de mes émotions, j’entame mon trajet du jour tout en dégustant mon café Moka. Aujourd’hui, j’ai pas des ben GROS projets. Je m’étais prévu exprès une plus petite journée pour rouler un peu moins mais aussi parce que j’aurais pas eu le temps de faire les attractions qui se situent plus loin que mon point de chute pour la nuit. Au programme donc, une simple visite au Parc national Kouchibouguac, that’s it, that’s all. Pour m’y rendre, j’ai environ 170 km à rouler. Sur la carte, la route que j’emprunte semblait située près de l’eau. Dans les faits, j’aperçois très peu voire pas d’eau. Pour l’instant d’ailleurs, je suis un peu déçue des paysages néo-brunswickois. Moi, je m’étais imaginé ça un peu comme la Gaspésie avec des routes tout près de la mer, des panoramas grandioses pis des haltes routières sympathiques. Pour tu suite, c’est pas ça pantoute. La plupart du temps, je roule au mileu d’arbres pis au mieux, je traverse des ponts qui enjambent des rivières. Bon, je dis pas que c’est laid mais disons que c’est pas comme ça que j’avais imaginé ça. Quant aux haltes en bordure de routes, bonne chance pour en trouver. C’est ben ici que le seau à pipi confectionné avec mon frère pourrait me servir. 🤔
Au volant de mon bolide, pas si loin de Caraquet, j’aperçois les indications de sorties vers Tracadie-Sheila. Je me rends compte que j’ai rien prévu dans ste ville-là. En fait, dans toutes mes recherches d’attraits touristiques, y’a jamais un maudit chat qui a mentionné une quelconque attrraction qui se trouverait là-bas. J’hésite à sortir. Tracadie-Sheila, c’est la ville à Wilfred pis le père à Wilfred, y’était pêcheur. Y doit ben y avoir au moins un bord de mer ? Quoique, y pêchait peut-être loin de chez eux aussi. Ça, l’histoire le dit pas. Dans le doute, je passe mon chemin. J’ai pas envie de rouler des kilomètres pis du temps inutile. J’espère que Wilfred m’en voudra pas. Me semble que je l’entends me chanter « Amène toi chez-nous je serai dans ma cour »… 🎶🎶🎶 Un peu plus loin, toujours en direction du parc national, je croise enfin quelque chose qui ressemble à une halte-routière. À première vue, c’est pas le GROS luxe mais y’a des toilettes, une table à pique-nique en dessous d’un toit en bois pis un genre de phare pas tant beau. Je décide de m’y arrêter pour manger mon muffin. Erreur ! ERREUR MONUMENTALE même ! J’ai pas fait huit pas que je dois avoir au moins vingt-deux maringouins en train de me piquer. Pis je vous jure, si ceux du Village acadien étaient voraces, j’avais encore rien vu. Ces maringouins-là, c’est des bébittes de compétition. Y piquent tellement fort que ça gratte instantanément. J’ai beau essayer de les enlever mais y’en a tellement que je fournis pas. Je cours vers mon char en gesticulant comme une débile pour me mettre à l’abri au plus sacrant. J’ai des coulisses de sang sur les jambes pis les bras. Je suis piquée dans le cou, dans le front, pis même en dessous de mon linge. Avec l’agression d’hier, j’envisage le pire. Je songe sérieusement à me faire hospitaliser pis plonger dans un coma artificiel le temps de m’en remettre. 🛌

De retour dans mon char, ça me pique de partout. J’utilise une petite lingette pour m’enlever un peu de sang. Asteur, non seulement ça pique, mais ça chauffe. 🔥 J’appréhende le reste de ma journée pis pire encore, ma nuit. Avec tout ça, j’ai pas mangé mon muffin pis pas fait pipi. J’ai juste eu le temps de photographier le phare lette, qui à mon avis était un faux. Le reste va devoir attendre. Moi je sors pu de mon char sans voir d’abord si les gens autour sont en train de se faire attaquer. Pour tu suite, y faut que je roule. Ici au Nouveau-Brunswick, c’est pas tant dépaysant mais je me sens pas chez nous comme au Québec. Sur les routes par contre, je me sens moins efficace. Je comprends pas trop comment ça fonctionne ni si je suis sur des routes nationales ou des autoroutes en face à face. Au Québec, me semble que c’est facile. Les numéros des autoroutes sont sur des pancartes bleu et rouge pis ceux des routes nationales sur des pancartes vertes. Ici, c’est pas trop clair. Au Québec aussi, y me semble que je situe mieux mes points cardinaux pis à force de me promener, j’ai compris que les autoroutes EST-OUEST finissent par 0, que les NORD-SUD par 5 pis qu’elles sont placées en ordre croissant sur la map. Ici, je figure pas ça pantoute. En plus, y’a des pancartes que je connais pas. Y’en a une populaire, c’est une pancarte rouge avec un genre d’étoile blanche avec des trous. Je sais pas pantoute ce que ça peut vouloir dire. Si ça se trouve, c’est super important. 😂 Une autre pancarte que je vois souvent, c’est un genre de parapluie blanc sur fond bleu. Quessé que ça veut dire ? « Attention y pleut souvent icitt », « Magasin de parapluies à proximité » ??? Aucune maudite idée. 🤷♀️

Avec tout ça, j’arrive au Parc national Kouchibouguac à 12h. pile. Ce qui est le fun avec les parcs nationaux, c’est que ça coûte pas cher faque c’est pas ben grave si tu restes pas longtemps. Aujourd’hui, y fait aussi chaud qu’hier sinon plus. Hier soir, j’ai regardé le plan du site pis y’a deux sentiers qui m’intéressent : « Le marais salé » pis « La promenade de la plage Kellys ». Concernant « Le Marais salé », sur internet, il est indiqué ceci : « Voici l’occasion rêvée de visiter – les pieds bien au sec – un endroit humide, détrempé, infesté de maringouins, que peu de gens auront la chance d’explorer. » Ça l’avantage d’être clair. Est-ce que j’ai envie de me dégonfler ? Oui ! Est-ce que je vais me dégonfler ? Oh non ! Moi je l’ai déjà dit, quand j’ai prévu faire quelque chose, je le fais, à la vie à la mort. Anyway, j’ai même pu de surface corporelle piquable. Au cas où, je m’enduis généreusement de mon super chasse-moustiques lavande–citronelle. Advienne que pourra. C’est juste une boucle de 700 mètres. Quoique, si je fais un prorata avec l’attaque subie à la halte routière, sur 700 mètres, ça pourrait représenter 1026 piqûres… En me lançant dans le sentier, je croise des gens qui en resortent pis qu’y semblent plutôt bien portants. Ça me donne le courage de m’y engager à mon tour. Dans le meilleur des cas, mon chasse-moustiques va fonctionner pis je vais être contente de mon achat. Dans le cas contraire, je saurai que je me suis fait arnaquer. Quinze minutes plus tard, bilan de l’expédition : sentier relativement plate pis AUCUN moustique en vue dans le marais. Beaucoup d’émotions pour pas grand chose. 🤦♀️



« La promenade de la plage Kellys », elle par contre, elle vaut vraiment le détour. En fait, c’est une passerelle longue d’un kilomètre qui passe au dessus d’une lagune pis qui mène à une superbe plage. Apparemment, c’est l’attraction la plus visitée du parc. Pour ma part, je suis pas amatrice de cuire sur une plage, encore moins quand y fait pas loin de 40. Je suis déjà piquée bord en bord, j’ai pas envie de brûler par dessus le marché. Je reste quand même quelques minutes aux alentours à admirer la mer que j’ai pas beaucoup vue jusqu’a maintenant. 15h., je reprends le volant pour une cinquantaine de kilomètres, en destination de mon troisième hébergement. Pour cette nuit, j’ai réservé une chambre dans une auberge de Bouctouche, le pays de la Sagouine. En passant, je sais même pas c’est qui la Sagouine. C’était tu une vraie personne ? Un personnage de fiction ? Faudrait ben que je m’informe un de ces quatre. 🤔 En arrivant à mon auberge, la chose que je redoute tout le temps se produit. Non seulement y’a pas âme qui vive à la réception mais la porte est barrée à double tour. Je fais le tour de la bâtisse à la recherche d’une autre porte. Rien de concluant. L’heure de mon check-in est à 16h. pis je suis en avance. Je m’assois sur un petit banc sul balcon de l’auberge. Y’a ben quelqu’un qui va finir par se pointer. Dans le pire des cas, j’irai coucher ailleurs ou dans mon char. Je serais juste déçue de pas me laver parce que je me suis rarement sentie aussi déguelasse. Après cinq minutes d’attente cependant, un monsieur vient m’ouvrir la porte. Hourra, je dormirai pas dehors ! Par contre, y’a pas l’air plus propre que moi. Ça, c’est pas de bonne augure. 😬


Toujours est-il que le monsieur me fait rentrer dans l’auberge. Soulagement, les lieux sont très propres. Y m’explique que lui, yé sale de même parce qu’y travaillait dehors sur son tracteur. 🚜 Y m’informe aussi que j’aurais dû avoir un petit déjeuner compris (c’est mon seul hébergement qui en offrait un) mais que finalement j’en aurai pas parce qu’il est malade pis qu’y cuisine pas. En échange, y me baisse ma chambre de quasiment 50$. C’est pas plus grave que ça. Je finirai dans un Tim, comme d’habitude, merci bonsoir. Je pars à ma chambre qui comme souvent dans les auberges, est un peu laide mais heureusement très propre. J’ai aussi une vue discutable sur la mer mais une vue pareille. Par contre, la mer, elle est pas vraiment accessible par ici. De toute façon, j’ai soif pis faim mais surtout, y faut absolument que je passe dans une pharmacie pour m’acheter quelque chose pour mes piqûres, sinon, je passerai pas la nuit. Mon ami Google m’indique un Pharmaprix pis un resto, La Sagouine (ben kin !), à moins de 5 km de mon auberge. J’en espérais pas tant. Au Pharmaprix, je m’achète une crème de Benadryl pis chez La Sagouine, je me commande une super guédille au homard avec une bonne bière. Me vla réconciliée avec la vie.




De retour dans ma chambre, je check si les installations sont potentiellement adéquates pour me laver les cheveux. Quand t’en as le moindrement épais, c’est pas toujours évident si tu te ramasses à une place ou la pression d’eau est suspecte. Ici, ça pourrait être mieux mais ça aurait surtout pu être pire. De toute façon, l’heure est pas au caprice. Je suis toute collante pis je sens le stuff à bébittes à plein nez. Le reste de ma soirée s’écoule tranquille dans ma chambre, à une exception près. Quand la noirceur tombe, je me rends compte que ma chambre se remplit graduellement d’insectes volatiles, essentiellement des GROS criss de papillons, qui réussissent à rentrer par le contour pas trop hermétique de l’air climatisé de fenêtre. 🦋🦋🦋 Constatant que d’heure en heure, les papillons s’acculument, j’ai pas le choix d’intervenir. Y sont peut-être pas dangereux, y piquent peut-être pas, mais à la gang qu’y sont, y commencent à faire pas mal de bruit. Comme ma fenêtre de chambre ouvre pas, je les attrape un par un dans un verre pis je les garroche dans le couloir intérieur, Dla marde, j’ai assez vu de bébittes pour aujourd’hui. Jusqu’à maintenant, j’ai toujours attrapé au moins une chambre suspecte dans mes périples. J’espère que celle-ci est bien celle du voyage pis que je tomberai pas sur pire plus tard. Finalement, ça aurait peut-être pas été plus mal que personne se pointe à la réception…
