J’ai pas super ben dormi dans mon auberge. De un, je me suis couchée tard à cause du temps perdu avec la chasse aux papillons. 🦋 De deux, y fallait pas s’attendre à ce que les bébittes arrêtent de rentrer parce que j’étais couchée. Résultat, j’ai dormi avec une bonne vingtaine de papillons + autres insectes volatiles au-dessus de mon lit. La bonne nouvelle, c’est qu’aucun de ste gang-là piquaient mais quand même, c’est pas full le fun de dormir avec tout ste monde-là au-dessus de la tête. Les papillons volaient comme des mongoles, fonçaient partout pis tombaient sur mon lit. Franchement, j’ai connu mieux comme nuit. Heureusement, aujourd’hui est un autre jour pis y fait beau. 🌞 Je décampe de mon auberge à 8h., contente pis soulagée de quitter les lieux. La journée s’annonce sous les meilleurs auspices mais ça, c’est sans compter les esties de maringouins de marde qui m’attaquent dès que je franchis la porte du gîte. Le temps de paqueter mon char, y doit ben en avoir dix-huit dans la valise. Sachant que j’ai un hashback, on peut déjà prévoir la suite. 😬
J’aurais dû avoir un petit déjeuner compris avec ma chambre mais le deal tient pu. Ça fait ben mon affaire. J’ai pas le goût de m’attarder ici. Hier en sortant souper, j’ai aperçu un Tim Hortons pas ben loin. Je roule jusque là pour m’acheter à manger. Ici, comme à Caraquet, la file de chars à la commande à l’auto est considérable. Je décide de rentrer pour commander. En attendant mon tour, je regarde les menus affichés pis je remarque que les cafés moka figurent pas dans la liste. Ça me sonne une cloche parce qu’hier, le p’tit gars à Caraquet semblait pas savoir c’était quoi pis c’est moi qui lui ai dit comment le faire. Sul coup, j’ai pensé que c’était un nouvel employé. Quand vient mon tour de commander, je demande au gars à la caisse si y font des moka. Y’a l’air perplexe. J’y dis que c’est moitié chocolat chaud, moitié café avec de la crème fouettée sul dessus. Devant son regard ébahi de gars qui comprend pas trop le français, j’y repète « half hot chocolate, half coffee and whipped cream on top ». Deux minutes plus tard, dans mon char, je découvre un café coupé avec de l’eau, sans crème fouettée, évidemment. Bon c’est pas plus grave que ça. Je suis adaptable pis je suis très bien capable de changer mes habitudes quand je voyage. Par contre, fais-moi pas accroire que tu vas me donner ce que je veux si t’es pas capable de le faire. Je quitte le Tim pis Bouctouche un peu exaspérée. Good bye la Sagouine, je l’aime pas ton pays pis je reviendrai jamais icitt. ⛔
Aujourd’hui, tout comme hier, j’ai pas tant de route à faire mais j’ai plusieurs attractions en vue. Mon premier arrêt, je le fais à Shediac, au Parc Rotary. Ici, on peut admirer la sculpture d’un homard GÉANT de plusieurs tonnes, officiellement le plus GROS homard au monde. 🦞 Ste homard-là, c’est l’attraction la plus photographiée du Nouveau-Brunswick. Comme je l’ai vu cent fois en photos depuis que je prépare mon périple, j’avais pas le choix de venir le voir de mes propres yeux pis de prendre quelques clichés moi-même. Ma mission accomplie, je repars vers Moncton, une trentaine de kilomètres plus loin. À Moncton, ce qui m’intéresse, c’est le mascaret. Bon, le phénomène est un peu dur à expliquer pour une novice comme moi mais en gros, c’est un événement qui survient deux fois par jour, à heure précise, selon les marées (explication plus bas). Aujourd’hui, le mascaret avait lieu à 1h02 du matin pis à 13h15. Le problème c’est que là, yé même pas 10h. faque y faudrait que j’attende plus de trois heures sur place, tout ça pour voir une vague de trois-quatre minutes. L’autre problème, c’est que si j’attends le mascaret, je rate mon autre attraction. J’hésite un peu, je tournaille autour du site pis finalement, je passe mon chemin. J’aime vraiment mieux aller voir les rochers Hopewell pis ça, c’est 25 km plus loin.



Saviez-vous ça que c’est ici, au Nouveau-Brunswick, qu’ont lieu les plus hautes marées au monde ? Eh ben oui mesdames et messieurs, ces marées-là sont hautes de 16-17 mètres pis elles surviennent dans la Baie de Fundy, plus précisément au Parc provinciale des rochers Hopewell. Dans ste parc-là, selon l’heure à laquelle tu te pointes, tu peux admirer les rochers à marée basse pis même marcher autour, sur le fond marin, ou voir le phénomène à marée haute, quand les rochers sont à moitié immergés. Évidemment, y faut que tu planifies ta visite selon l’heure des marées. Le best, c’est de voir les deux cas de figure. Si jamais c’est pas possible, y faut définitivement aller voir ça en marée basse. Au pire, tu peux revenir plus tard ou le lendemain parce que ton billet d’entrée est valide deux jours, exprès pour te donner la chance de comparer la vue selon les marées. Pour ma part, demain, je serai déjà pu dans le boute faque j’opte pour la marée basse. Bon, des roches c’est des roches pis j’en ai déjà vu. En arrivant sur la « plage » par contre, je suis complètement subjuguée, impressionnée, fascinée, flabergastée par la beauté pis l’immensité du site. 🤩🤩🤩 Eille, juste pour ça, ça vaut la peine de rouler jusqu’au Nouveau-Brunswick. À matin en plus, y fait super beau. J’en profite pour prendre des photos pis admirer le formidable décor. Pour vrai, c’est juste malade ! Deux heures après mon arrivée les patrouilleurs commencent à vider la plage. La marée va commencer à monter, sur plusieurs heures, faque on peut pas rester là. Je m’en retourne à mon auto, en me demandant qu’est-ce qui pourrait ben m’impressionner ici après ça.




Ce qui pourrait m’impressionner, c’est le Cap Enragé, situé 35 km plus loin, toujours dans la Baie de Fundy. Là bas, t’as les mêmes marées qu’aux rochers Hopewell mais d’un point de vue différent. Y’a aussi un beau phare pis pour les plus téméraires, y’a possibilité de faire du zipline pis de la descente en rappel le long de la falaise. 35 km, c’est pas loin, mais j’ai pourtant l’impression de rouler vers le bout du monde, dans des routes plus creuses les unes que les autres, sans aucun signal GPS. Plus j’avance d’ailleurs, plus je ressens une petite inquiétude parce que non seulement je croise pratiquement pas de chars mais en plus, y’a un brouillard de plus en plus épais qui se forme. Sur mon tableau de bord, je constate qu’on est passé de 28°C tantôt aux rochers à 17° ici. Je commence à douter de mon choix d’attraction pis de mon chemin. Je me sens tu seule au milieu de nulle part, sans indications ni visibilité mais yé comme trop tard pour virer de bord. Pis bon, je roule sur une route qui s’appelle Cap Enrage Road. Je me dis que c’est forcément de bonne augure. Justement au sommet d’une énième côte, abrupte comme la face de singe, la guérite du site surgit devant moi tel un mirage en plein désert. Eille, je vous dis, je pense que j’ai jamais été aussi contente de voir un humain, même si yé unilingue anglophone. 🤣
Au Cap Enragé, quand t’es à la guérite, tu peux déjà avoir un point de vue sur la passerelle pis le phare. Là, je constate que le site est vraiment très brumeux pis venteux. Je suis pas sûre pantoute que je vais réussir à voir quelque chose mais tant pis, ça coûte juste 9$. Advienne que pourra. J’acquitte les frais pis je roule parker le SELTOS. 🚙 Pour une fois au moins, j’aurai pas peur de me faire accrocher. Mon char est tout seul dans le parking avec pour toute compagnie une simple moto. Avant de sortir de l’auto, j’enfile des manches longues pis mon K-WAY parce que le temps a l’air vraiment hostile. Plus encore, je dirais que le Cap Enragé, aujourd’hui, yé enragé noir. Dehors, l’ambiance est à la fois étrange pis impressionnante. Y’a l’épais brouillard qui enveloppe tout le site, y’a la mer déchaînée que je réussis à apercevoir du haut du cap, y’a le vent à écorner les boeufs qui souffle sans faiblir pis un peu plus loin, dans un genre de ténèbres, y’a le phare avec sa corne de brume qui émet des sons de fin du monde. 🔊 Incertaine, je descends sur le site pis je croise les deux seuls autres visiteurs, un gars pis sa blonde, deux québécois qui sont venus en moto de La Prairie. On jase un peu pis on descend ensemble sur la plage où la vue est un peu plus claire. Je prends quelque photo mais je m’éternise pas sul site. Apparemment, le bruit incessant de la corne de brume, combiné aux forts vents, ça peut endommager l’ouïe. Je suis déjà assez maganée de même…



J’aurais eu une dernière attraction à visiter, le Parc national de Fundy, mais je suis plus trop certaine d’en avoir envie. Ste parc-là, yé à 300 mètres de mon hébergement du jour faque je prends la décision d’aller d’abord faire mon check in pis de zieuter les alentours. 👀 Si jamais y’a moyen de profiter du dehors au motel, c’est là que ça va se finir pour aujourd’hui. Le motel, yé à environ 30 km du Cap Enragé. Je suis soulagée de constater, tandis que je roule, que le brouillard pis le temps gris étaient restreints au cap. Demain par contre, j’y échapperai pas. Pis malheureusement, je pense qu’y fera pu beau de la semaine. 😢 On verra dans le temps comme dans le temps. À soir, c’est à Alma que je dors. En arrivant au motel, je découvre un petit bout de rue sympathique avec restaurants, un bord de l’eau qui a ben de l’allure, pis une chambre ben correcte malgré sa déco douteuse. Ça, ça me dérange pas. C’est souvent de même dans les petits motels ou les auberges. Moi, tant que je dors pas encore avec des papillons, ça va ben aller.




Après encore plusieurs kilomètres roulés aujourd’hui, je sens le bord de l’eau m’appeler. J’en profite pendant un bon deux heures, ben effoirrée dans ma chaise adirondack, au beau soleil, dans le calme. Avant de partir manger, je passe un coup de fil à mon père. Lui, yé déjà venu au Nouveau-Brunswick vla vingt-cinq ans pis y se souvient de TOUT par coeur. C’est pas mêlant, y me décrit très exactement le décor que j’ai sous les yeux : la petite rue, la côte au loin avec la brume dans les arbres, les bateaux de pêche… Je vous dis que point de vue mémoire, je retiens pas des voisins. 🐘 18h., je commence à avoir faim. Comme y fait super beau, je traverse l’autre bord de la rue pour prendre une bière pis manger un peu. Un peu beaucoup même. J’ai jamais vu des fish & chips de ste dimension-là. Quand je rentre à ma chambre, à 19h., ça fait onze heures que je couraille dehors. Je suis contente de ma journée pis de toutes les belles choses que j’ai vues. Dans le parking de mon motel, y’a des chars de partout : Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Ontario, Maine, Tennessee, Massachussets, Québec, évidemment, dont un char acheté chez Mitsubishi Trois-Rivières, pis un autre chez Lessard GM Shawinigan. C’est drôle de me retrouver si loin avec au moins deux compatriotes mauriciens pis pire encore, un shawiniganais. À soir, dans mon motel d’Alma, j’vais bien dormir. 🛌

