Publié dans Réflexions

Hochelaga MON quartier

Ça, c’est le nom d’une page Facebook sur laquelle je traine depuis environ deux ans, un peu hasard. đŸ€·â€â™€ïž En fait, j’ai abouti lĂ  un beau matin, quand j’ai entendu au 98,5, l’histoire d’une vidĂ©o virale publiĂ©e sur ste page-lĂ . La vidĂ©o en question mettait en vedette une femme, qui d’un geste hĂ©roique, avait sauvĂ© une moufette qui s’Ă©tait pognĂ© la tĂȘte dans un gobelet. đŸ€Ł Allez savoir pourquoi, le rĂ©cit avait piquĂ© ma curiositĂ©. Bon, Hochelaga, c’est pas tout Ă  fait mon quartier. Officiellement, j’habite plus Ă  l’est, dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, auparavant Mercier est-Anjou mais qui s’est aussi appelĂ© quelque chose comme Mercier est-Rosemont entre les deux appellations mentionnĂ©es prĂ©cĂ©demment. Bref, tout ça pour dire que moi, j’habite pas dans ce qu’on appelle affectueusement Hochelag ou HOMA, deux sobriquets qui siĂ©ent pas mal mieux Ă  l’endroit que Hochelaga Maisonneuve parce qu’on va se l’dire, si ste quartier-lĂ  se dĂ©marque par ses habitations, c’est certainement pas dans le bon sens du terme. 😬

Faque j’habite pas dans le quartier mais je le traverse tous les jours en char pour aller travailler juste Ă  cĂŽtĂ©, dans Ville-Marie. Mon Ă©cole, pour la petite histoire, est juste Ă  cĂŽtĂ© du coin de rue oĂč la petite Ukrainienne s’est fait frapper vla deux ans. Depuis l’Ă©vĂ©nement, des sens uniques sont apparus dans toutes les rues avoisinantes (merci ValĂ©rie) pour sĂ©curiser le quartier. Des sens uniques dans le sens pas pratique, Ă©videmment. đŸ€Šâ€â™€ïž Je suis pas sĂ»re que ça a vraiment diminuĂ© l’achalandage autour des Ă©coles mais bon, des mesures pour calmer les innocents pis protĂ©ger les enfants, on peut pas ĂȘtre contre ça, mĂȘme si ça Ă©prouve la patience. Toujours est-il qu’aprĂšs avoir visionnĂ© la fameuse vidĂ©o de la moufette, je suis restĂ©e abonnĂ©e Ă  la page Facebook du quartier pis mon fil d’actualitĂ© s’est subitement rempli de publications Hochelagaises fort divertissantes, parfois intrigantes, pis plus rarement intructives. Suite Ă  ça, j’ai parlĂ© de la page Ă  ma chum Katrine, qui covoiture habituellement avec moi aprĂšs l’Ă©cole, pis elle s’est abonnĂ©e elle aussi. Depuis, on est quasiment devenues des fans ET de la page, ET du quartier. đŸ‘©â€â€ïžâ€đŸ‘©

Katrine pis moi, quand on quitte l’Ă©cole, on a notre routine Hochelagaise. Notre premier point d’intĂ©rĂȘt, c’est une bĂątisse qu’on a baptisĂ©e « le bunker ». Ste bĂątiment-lĂ , en dĂ©crĂ©pitude avancĂ©e, nous fascine littĂ©ralement. Tous les jours, on passe devant pis on spĂ©cule sur « qui peut ben vivre lĂ -dedans », « de quoi ça peut ben avoir l’air Ă  l’intĂ©rieur », « y’a tu du chauffage », « c’est tu vraiment habitĂ© », « c’est tu un squat », etc. đŸ€” Dans un Ă©lan de curiositĂ©, on a dĂ©jĂ  essayĂ© d’aller Ă©cornifler en arriĂšre, par la ruelle, mais on en est resorties bredouilles vu que le taudis fait dos Ă  un autre bĂątiment plus haut. À force de persĂ©vĂ©rance cependant, au printemps passĂ©, pendant qu’on Ă©tait pratiquement parkĂ©es devant pour observer sans gĂȘne, Katrine a fini par remarquer un gars, fiĂšrement assis dans l’escalier. Pour vrai, y’avait l’air ben content qu’on s’intĂ©resse Ă  son habitation pis y’avait ben raison. Asteur Ă  MontrĂ©al, peu importe oĂč pis dans quoi tu vis, si t’as la chance d’avoir un appartement, tu peux en ĂȘtre fier. Point final. 🏆

Le bunker en 2022. À noter qu’il est BIEN PIRE prĂ©sentement.

GrĂące Ă  la page Facebook du quartier, Katrine pis moi on a aussi dĂ©veloppĂ© une curiositĂ© pour le bar St-Vincent, tout simplement parce qu’une serveuse a dĂ©jĂ  publiĂ© une photo d’elle en disant un truc du genre « je suis au bar Ă  soir, venez me voir ! » Sul coup, moi j’avais pensĂ© que c’Ă©tait une guĂ©daille qui voulait cruiser mais Katrine, plus perspicace, avait compris que c’Ă©tait la waitress qui faisait de la pub pour son bar. đŸșđŸșđŸș Bref, sur la terrasse de ste bar-lĂ , par jour de beau temps, on peut apercevoir l’homme dans son habitat naturel, en train de boire un pichet de biĂšre Ă  9-10h. le matin. đŸ» Bienveillantes de nature đŸ€Šâ€â™€ïžđŸ€Šâ€â™€ïž, on a dĂ©crĂ©tĂ© que ces gars-lĂ  doivent travailler sur un shift de nuite pis qu’y sont en train de boire leur p’tite biĂšre de fin de journĂ©e. Si jamais on est dans l’champ, vous savez ce qu’on dit : yĂ© toujours 17h. quelque part dans le monde

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Faque le bar St-Vincent nous intĂ©resse mais ça, c’est rien Ă  cĂŽtĂ© de La Pataterie, lieu incontournable pis mĂȘme lĂ©gendaire de la rue Ontario. La Pataterie, c’est pas compliquĂ©, elle est dans TOUS les sujets de conversation de la page Facebook. Vous cherchez une place oĂč aller manger ? On vous suggĂšre La Pataterie. 🍟 Y’a une drĂŽle d’odeur dans le quartier pis vous savez pas d’oĂč ça sort ? On va vous dire que ça vient de La Pataterie. 🍟 Vous entendez des feux d’artifice, un bruit de sirĂšne, un grondement, un BOUM ? Ça provient assurĂ©ment de La Pataterie. 🍟 Vous voyez les pompiers passer en trombe au coin de votre rue ? Y s’en vont Ă  La Pataterie, c’est sĂ»r et certain. 🍟 Vous avez perdu votre chien ? Allez voir Ă  La Pataterie. 🍟 Pour vrai, TOUT, tourne autour de la fameuse Pataterie. 🍟 Katrine pis moi, on projette d’ailleurs d’aller y faire un tour un de ces quatre. Ça fait quarante-cinq ans que La Pataterie a pignon sur rue. Jamais je crĂšrai qu’y doivent faire des bonnes frites…

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En face de La Pataterie, y’a une autre attraction digne de mention : la Place Simon-Valois. Cet espace-lĂ  semble ĂȘtre l’endroit par excellence pour chiller par beau temps. 🌞 D’ailleurs, c’est le lieu de rassemblement des motards de Hochelag, une belle gang de durs Ă  cuire qui se dĂ©placent dans le quartier en triporteurs ou quadriporteurs. Eille, ste bande de joyeux lurons-lĂ  organise mĂȘme des courses. Avouez qu’y sont divertissants ! Le GRAND prix de MontrĂ©al n’a qu’Ă  bien se tenir ! đŸ€Ł

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La derniĂšre affaire qui captive notre attention Ă  Katrine pis moi dans Hochelag, c’est le bloc appartement situĂ© drette en face du MarchĂ© Maisonneuve. AprĂšs avoir aperçu Ă  quelques reprises une de nos anciennes Ă©lĂšves dans les alentours pis mĂȘme en sortir, on a dĂ©crĂ©tĂ© que c’Ă©tait lĂ  qu’elle habitait, dans le Pavillon Lise Watier, un pavillon de la Mission Old Brewery qui hĂ©berge des femmes en situation prĂ©caire. Depuis qu’on a dĂ©cidĂ© que A****** habitait lĂ -dedans, on se fait un devoir, Ă  chaque fois qu’on passe, de checker si on la repĂšre pas quelque part. Ça va donner quoi si on la voit ? Rien pantoute. On a pas prĂ©vu y parler ni mĂȘme lui signaler notre prĂ©sence. C’est juste rendu un genre de running gag. Kin, j’ai voulu traduire running gag dans Google pis ça m’a sorti « bĂąillon courant ». đŸ€Ł

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Faque c’est ça, avec tout le temps qu’on passe ensemble enfermĂ©es dans la mĂȘme piĂšce, Katrine pis moi, des bĂąillons courants, on en a une couple Ă  notre actifs. Comme les chansons d’ailleurs. đŸŽ¶ À tout bout de champ, on sort une phrase qui nous fait penser Ă  une chanson pis on se met Ă  en chanter un boute. On est d’ailleurs en train de se monter une playlist Spotify de nos grands succĂšs fredonnĂ©s sul fly depuis l’an passĂ©. Figurent lĂ -dedans « Ginette » de Beau Dommage, en l’honneur d’une de nos Ă©lĂšves du mĂȘme nom, « Calvaire » de La Chicane, pour toutes les fois oĂč on a du ressentiment dans le sang, « Vivre dans la nuit » de Nuance pour nos arrivĂ©es Ă  l’Ă©cole aux aurores, « La manifestation » des Cowboys fringants, en souvenir de la grĂšve pis « Couleur cafĂ© » version de Corneille, en hommage Ă  tout celui qu’on ingurgite pendant l’annĂ©e scolaire. ☕☕☕ Ah, pis depuis un certain temps, on s’est dĂ©couvert une nouvelle attraction : la bĂątisse qui abrite le loft de style New-Yorkais de la nouvelle mouture de Star AcadĂ©mie. À force d’observer les points de vues diffusĂ©s Ă  la TV, j’ai fini par comprendre Ă  quel endroit y se trouvait. Depuis, on fait un petit dĂ©tour pour passer devant pis constater qu’y se passe quedalle. đŸ™…â€â™€ïž

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Bref, je m’Ă©gare. En parlant de la page Hochelaga MON quartier, c’est pas lĂ  pantoute que je m’en allais. Ce que je voulais dire Ă  propos de ste page-lĂ , c’est que ça me fait constater Ă  quel point le monde est dans la misĂšre. 😱 Pis lĂ , je le constate pour ste quartier-lĂ , qui est pas le plus favorisĂ© de la ville, mais je sais que ça s’Ă©tend dans plein d’autres quartiers pis dans quasiment tout MontrĂ©al. C’est pas compliquĂ©, la vie est tellement rendue chĂšre pis les loyers tellement rares que t’as pu besoin de vivre spĂ©cifiquement dans HOMA pour en arracher. T’as pu besoin non plus d’ĂȘtre sul chĂŽmage ou sur l’aide sociale. Asteur, y’a des gens qui travaillent pis qu’y vivent dans leur char. 🚗 Maudite belle sociĂ©tĂ©. Sur la page de Hochelaga, on trouve des demandes diverses. Essentiellement, les gens demandent Ă  manger mais cherchent aussi un appartement, une chambre ou n’importe quoi pour pas dormir dehors. Y’a aussi des personnes qui ont besoin de linge, de tickets d’autobus pous se dĂ©placer ou qui cherchent de l’aide ou des conseils, tout simplement. Eille pour vrai, les gens sont tellement mal pris qu’y vont demander des affaires aussi inusitĂ©es qu’une pompe de Ventolin, mĂȘme usagĂ©e. đŸ˜±

ParallĂšlement Ă  ça, y’a aussi ÉNORMÉMENT d’offres de toutes sortes pis ça, ça vient non seulement des privilĂ©giĂ©s du quartier, mais aussi des moins nantis, qui sont mieux placĂ©s que quiconque pour savoir que n’importe quoi peut aider. Pis lĂ , c’est vraiment en regardant les rĂ©ponses Ă  toutes ces offres-lĂ  qu’on peut vraiment mesurer l’ampleur du drame de certaines personnes. 😱 Eille pour vrai, quand tu vois quelqu’un lever la main pour aller chercher, un vieux sac de lĂ©gumineuses dĂ©jĂ  ouvert, un reste de gĂąteau de fĂȘte, un mascara dĂ©jĂ  utilisĂ©, un matelas louche ou une chaise Ă  moitiĂ© dĂ©chirĂ©e chez quelqu’un qu’y connaĂźt ni d’Ève, ni d’Adam, eh ben lĂ , tu te rends vraiment compte que la vie est pas rose pour tout le monde. Tu prends conscience aussi que du monde gĂ©nĂ©reux, y’en a encore. Tous les jours ou presque, je vois passer sur la page des annonces d’affaires Ă  donner : ballounes restantes d’une fĂȘte d’enfants, bouffe, articles pour bĂ©bĂ©s, meubles, linge… Mieux encore, des fois, y’a des gens qui cuisinent un peu plus exprĂšs pour offrir des petites portions aux plus mal pris. Eille si c’est pas gĂ©nĂ©reux ça, je sais pas ce que c’est. đŸ€©

D’ailleurs, c’est ça que je retiens de ste page-lĂ  : le formidable esprit de quartier. Je vous jure, vivre dans Hochelag, ça a l’air le fun. C’est animĂ©, divertissement pis rassembleur. Sur la page d’ailleurs, je vois souvent des gens s’inquiĂ©ter des itinĂ©rants du quartier. « Eille, avez-vous Monique rĂ©cemment ? Ça fait deux jours que je la vois pas devant le Pharmaprix pis je m’inquiĂšte. » « Y’a tu quelqu’un qui sait si Johnny va bien ? Je l’ai vu hier devant le Tim pis y’avait pas l’air dans son assiette. » À ce propos, la mort de Nelson Ouellette a fait grand bruit en automne dernier. Nelson, c’Ă©tait un itinĂ©rant ben connu pis apprĂ©ciĂ© dans HOMA. Nombreux sont les hochelagais qui sont allĂ©s lui rendre hommage devant l’Ă©picerie oĂč il a Ă©tĂ© retrouvĂ© sans vie. đŸŒșđŸŒŒđŸŒč C’est quand mĂȘme triste quand tu y penses… 😱 Tout ça fait rĂ©flĂ©chir sur la misĂšre humaine pis sur le fait que nous autres, pendant qu’on se plaint de nos petits bobos, de notre journĂ©e de travail qui s’Ă©tire plus tard que prĂ©vu, du maudit souper qu’on doit encore cuisiner Ă  soir pis du foutu lavage qui s’accumule, ben y’a du monde qui mangent des vieux restants pis qui se fichent du loft de Star AcadĂ©mie parce qu’eux autres, y dorment dehors. â›ș

Faque quessĂ© qu’on va faire pis qu’on va devenir comme sociĂ©tĂ©, quand toute coĂ»te de plus en plus cher pis que mĂȘme les travailleurs arrivent pu Ă  joindre les deux boutes ? Je me rends compte que j’y pense, que je m’en inquiĂšte mais que je fais pas grand chose pour aider. Je me plains constamment que j’hais faire l’Ă©picerie mais maudine, j’ai la chance de pouvoir acheter ce que je veux, de rouler dans un char neuf (mais sale en maudit prĂ©sentement) pis de dormir ben au chaud avec mon GROS Charlot. 🐈 Kin, je pense que je vais bientĂŽt aller faire un tour dans Hochelag avec une couple de sandwichs pis des p’tites boĂźtes de jus. đŸ„Ș

Y va ben falloir qu’on arrĂȘte de se regarder le nombril Ă  un moment donnĂ©… đŸ€”

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