Publié dans Réflexions

L’art de se sortir de la marde toute seule comme une grande fille (part 3)

En janvier 2011, ma formation allait bon train, tout comme mes déboires financiers. Heureusement, à la fin du mois, j’ai enfin commencé à toucher les allocations familiales du Canada. Bon, le montant était pas extraordinaire mais tout argent supplémentaire était bon à prendre. Avec tout ça, j’essayais de prendre le cash que j’avais pour baisser le solde de ma VISA pis remettre des nouvelles dépenses dessus. Je pense que cette façon de procéder aidait à baisser un peu les gros intérêts qui m’étaient facturés mais au bout du compte, je stagnais pas mal autour des 15 000$ à rembourser. Pour pas céder à la panique pis au découragement, je me répétais tous les jours que les temps meilleurs allaient finir par arriver. Y’a au moins ça de bien quand t’es dans la misère. Rendu à un certain point, tu te dis que ça peut juste aller mieux.

Février était le mois de mes 40 ans. Pour la première fois de ma vie, j’ai eu droit à un genre de surprise party, organisé par ma sœur. Comme le souper avait lieu au St-Hubert de Sorel, ma soeur, qui habitait là-bas, était venue me chercher à Montréal. Ça, c’était la belle époque, celle où tu pouvais encore traverser le tunnel sans apporter ton lunch, ton sleeping bag pis un pot pour faire pipi. Au St-Hubert, y’avait évidemment mon frère, avec sa blonde pis mon père, aussi avec sa blonde. Je me rappelle que mon parrain pis ma marraine étaient venus eux-autres aussi mais j’étais tellement pas habituée aux surprises que quand je les avais vus rentrer, je pensais qu’ils étaient là par hasard, à 75 km de chez eux. Ça m’avait même pas effleuré l’esprit que quelqu’un se déplace de si « loin » juste pour moi.

Ste soir-là, pendant le souper, mon père m’avait tendu un petit sac cadeau, vraiment petit pis surtout très léger. Y m’avait dit d’ouvrir ça plus tard, chez nous, faque je l’avais laissé sul bord de la fenêtre, sans trop le surveiller. J’avais même failli l’oublier en quittant le restaurant. Pour le retour, c’est mon frère qui me ramenait à Montréal. C’était quand même une bonne trotte pour lui parce que comme ma sœur, y’habitait à Sorel. Dans le parking du St-Hub, on était curieux du petit sac faque j’avais décidé de l’ouvrir tu suite. Dedans, y’avait 7000$ en argent. 7000$ non surveillés pendant toute la soirée. 7000$ que j’avais failli laisser sul bord de la fenêtre en quittant le resto. 🤪

Mon père, c’est un curieux personnage. Chez nous, quand tu pognais 18 ans, tu perdais par la même occasion le droit à recevoir des cadeaux officiels. Par contre, ça pouvait arriver que des montants d’argent quelconques surgissent sans que t’aies rien demandé. L’affaire avec mon père, c’est qu’y voulait être équitable faque l’année qu’il a décidé de me donner 7000$, ben y’a donné la même chose à ma sœur pis à mon frère. On peut donc dire que mes 40 ans ont été payants pour tout le monde, sauf pour lui, évidemment. 😁 Pour ma part, 7000$, ça changeait ma vie puisque ça baissait pratiquement le solde de ma VISA de moitié. En plus, comme les bonnes nouvelles ont souvent tendance à s’enchaîner, un peu plus tard, au printemps, je venais enfin à boute du remboursement de mon prêt étudiant, après dix ans de paiements. J’étais encore endettée pis pauvre mais je commençais à manger des biscuits Soda moins souvent.

Début juillet, je terminais finalement ma formation après un parcours sans fautes. Le 5, je complétais ma dernière journée de stage pis le 6, je débutais comme assistante technique en pharmacie à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Comme j’avais pas de temps à perdre avant de commencer à travailler, j’avais fait toutes mes démarches d’embauche en même temps que mon dernier stage qui lui, avait lieu à l’hôpital Ste-Justine. Ste stage-là avait été une galère en transport pis en organisation. Y fallait que je parte tellement tôt le matin que j’avais pas le choix de laisser Renaud pis Morgan au service de garde avant l’ouverture. Les deux attendaient ensemble, à la noirceur, devant la porte pendant une quinzaine de minutes. Au moment de faire mon examen d’admission pis mon entrevue à Maisonneuve, je m’étais organisée pour avoir le rendez-vous à 17h. après ma journée de stage. Ste fois-là, j’avais demandé à William d’aller chercher ses frères à l’école mais comme je voulais pas qu’y les gère tout seul, sur 1.8 km de grosses rues pour rentrer chez nous, j’avais dit aux héritiers de m’attendre aussi longtemps que nécessaire, dans le parc voisin de leur école. Ste soir-là, j’étais finalement venue les récupérer à 19h30. Les trois se balançaient depuis plusieurs heures. 😐

Avec mes fils (radioactifs), lors de ma graduation 🙂
Soireé de graduation, avec mon frère
Avec ma fidèle amie Julie. Je portais d’ailleurs sa jupe. 🙂

Dès mon embauche à HMR, j’ai commencé à travailler comme une défoncée. Y’était vraiment temps que j’en finisse avec mes dettes. Après deux mois de travail, grâce au cadeau de mon père pis à mes premières paies, ma VISA avait déjà commencé à descendre. Bon, mon taux horaire de départ était de 16.56$. Je pouvais pas faire des miracles avec ça mais je faisais beaucoup, vraiment BEAUCOUP, de temps supplémentaire, si bien qu’en septembre, même si ma VISA était loin du zéro, je m’achetais enfin une voiture, flambant neuve en plus. Ste char-là, je l’avais promis à mes enfants depuis le début de ma formation. Grâce à ma petite YARIS pas équipée pantoute, on pouvait enfin faire l’épicerie plus facilement, sortir de la ville pis surtout, on avait pu besoin de marcher tous les trajets entre l’école pis chez nous. Ça, c’était une maudite bonne nouvelle.

Ma YARIS dont j’étais si fière

Pendant toutes mes années, à HMR, j’ai ÉNORMÉMENT travaillé. Heureusement, j’adorais ma job. Quand c’était pas ma semaine de garde, je faisais des seize heures. Quand c’était pas mon weekend de garde, je rentrais au moins une des deux journées. Quand j’avais des congés en semaine pis que les gars étaient à l’école, j’allais travailler. À l’hôpital, tout le monde me trouvait ben motivée de travailler autant. La vérité, c’est que même si mon taux horaire montait tranquillement, c’était loin d’être suffisant pour vivre comme du monde avec trois enfants. N’empêche, j’étais ben moins mal prise qu’avant. J’étais rendue avec une assurance collective pis un fond de pension. Ma VISA, elle, se tenait dans les 3000-4000$, ce qui était loin de me stresser même si j’aurais aimé la voir à zéro. Comme le dit si bien le dicton : « Tout vient à point à qui sait attendre ». Moi je dirais plutôt : « Tout vient à point à qui sait attendre pis qui s’organise pour se sortir de la marde » parce qu’à mon avis, juste attendre sans rien faire d’autre, ça doit pas être vargeux.

À partir de 2011, j’ai pas vu les années passer. En 2013, j’ai eu mon remplacement de hanche, après 24 ans de douleurs handicapantes. La chirurgie m’a littéralement donné des ailes. Y’avait pu rien qui pouvait m’arrêter. Après un congé de maladie de quatre mois, je recommençais les semaines de 50 heures sur ma super prothèse en métal-procelaine. En 2014, je décidais, un peu sur un coup de tête, de m’inscrire au BAC d’enseignement en formation professionnelle. Bon, j’avais pu le projet d’être enseignante mais je me disais qu’on sait jamais ce que la vie nous réserve. En plus, j’étais pu à un diplôme inutile près. À partir de ste moment-là, j’ai combiné les grosses semaines de travail avec mes nouvelles études. En 2016, ma YARIS, si chère à mon coeur, était déclarée perte totale après avoir été percutée en pleine nuit, pendant que je dormais. Je l’ai remplacée subito presto par une ACCENT, fraîchement sortie du concessionnaire. La même année, je me faisais embaucher au CSSDM (la CSDM à l’époque) pour enseigner au programme d’assistance technique en pharmacie à l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal, là où j’avais moi-même étudié quelques années plus tôt.

Jusqu’à 2018, j’ai combiné le travail à l’hôpital avec celui à l’école à temps partiel + les études universitaires. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’avais le vent dans les voiles. Pour l’année scolaire 2018-2019, j’ai demandé un congé sans solde à l’hôpital parce que j’avais réussi à décrocher un contrat à temps plein comme enseignante. Cette année-là, j’ai enfin réussi à « clairer » ma VISA une fois pour toutes. Y me restait pu aucune dette liée à mes années de vache extra maigre. Eille, pis en plus, j’avais même réussi à payer ma part de nombreuses années d’orthodontie pour William ET Renaud. J’avais aussi remplacé mes poêle-frigidaire, ma TV (pour un écran plat), refait les chambres à Renaud Pis Morgan suite au départ de Wil pis remplacé mes meubles de salon en entier.

En juillet 2019, j’ai finalement donné, à regret, ma démission comme employée de l’hôpital. J’avais adoré cet endroit, mon travail, mes patrons, mes collègues, mais rendue au dernier échelon, je gagnais 23.22$/heure pis c’était vraiment trop peu pour vivre confortablement pis me ramasser une retraite qui aurait de l’allure. Drôle de coïncidence, ma date de fin d’emploi a été la même que ma date d’embauche, le 6 juillet, huit ans plus tard. Grâce à mes années d’expérience dans mon métier d’assistante technique en pharmacie pis à mes nombreuses années d’études, j’ai été embauchée à l’école à l’échelon 13 de 17. L’époque des biscuits Soda était définitivement révolue.

Faque me vla en 2022, toujours dans l’appartement de mon amie Agnès, avec deux DEC, un BAC, un DEP, pis un deuxième BAC que je devrais obtenir en 2023. L’an passé, j’ai obtenu ma permanence à l’école pis cette année, j’ai atteint le dernier échelon salarial. Non seulement j’ai pu de dettes mais j’ai même des placements. Qui l’eut cru ? Si je raconte tout ça, c’est pas pour me vanter ni pour me faire dire que je suis ben bonne pis ben fine. D’ailleurs, j’aurais probablement pu faire mieux à plusieurs niveaux. Est-ce qu’au bout du compte je suis fière de moi ? Pas spécialement. Je suis pas fière de mes mauvaises décisions ni des pertes de temps pis d’argent que ça a engendré. Pour le reste, ben j’ai juste fait ce qu’un adulte, un minimum responsable pis lucide, doit faire quand y s’est mis dans la marde par sa propre faute. Mes parents avaient tout mis en place pour que j’aie une belle vie. Je pouvais pas gâcher tout ça pis encore moins compromettre l’avenir de mes héritiers. Parce que oui, les héritiers, j’ai quelque chose à leur léguer.

Un maudit GROS set de chambre bleu.

2 commentaires sur « L’art de se sortir de la marde toute seule comme une grande fille (part 3) »

  1. J’ai adoré te lire et oui, tu peux être fière de toi! Tout ce qu’on fait dans la vie, même si ça nous semble quelquefois inutile, ça façonne la personne que nous sommes et ça nous porte plus loin. Sarah, tu es une super battante et bravo !

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