Été 1999. William a presque 3 ans. On est au parc, celui-là même qui est en face de chez moi actuellement. William joue tranquille dans le sable avec trois-quatre bébelles quand deux enfants font irruption dans l’aire de jeu pis décident de jouer avec lui pis ses affaires. William, c’est un p’tit gars facile. Sans se poser de questions, y partage avec bonne volonté ses jouets avec la p’tite fille pis le p’tit gars qui s’expriment dans un français approximatif. Y’a l’air ben content. C’est en plein pour ça que je l’emmène souvent au parc, pour qu’y voit des « amis » de temps en temps. Parce que nous autres, on connaît personne à Montréal. Personne personne. William va même pas à la garderie faque…
Quelques secondes après l’entrée en scène des enfants, une « madame » exubérante surgit avec les bras remplis de sacs de jouets, de collations pis de cossins. Sans me demander mon avis, elle s’assoit à côté de moi pis commence à me parler comme si elle me connaissait depuis 25 ans. Ste madame-là, c’est Louise. Cinq minutes plus tard, je sais qu’elle va être mon amie pour la vie.
Louise est plus vieille que moi. Elle a quelque chose comme 40 ans. Elle me raconte qu’elle a déjà un enfant plus vieux, issu d’un précédent mariage. Après ça, elle a eu coup sur coup les deux bambins qui sont dans le bac à sable avec William. Les deux marmots ont 15 mois de différence. Joey, le p’tit gars, est sept mois plus vieux que William pis Eva-Marie, la p’tite fille est huit mois plus jeune. Louise est mariée avec un anglophone. C’est pour ça que ses enfants baragouinent un français étrange. J’y raconte que moi, je suis tout fin seule à Montréal avec mon fils. «Tu devrais emmener ton gars au Triolet» qu’elle me dit. «C’est une halte-garderie exprès pour faire socialiser les enfants. En plus, le mercredi matin, toutes les mères, on reste sur place pis on prend un café ensemble. Tu vas te faire plein d’amies pis ton gars aussi !»
Quelques semaines plus tard, je me pointe là-bas avec William, un peu incertaine. Je l’ai jamais fait garder sauf par la blonde de mon oncle Guy. Immédiatement, on me met en confiance. L’endroit est propre pis les madames qui travaillent là ont ben de l’allure. William est tout heureux. De mon côté, je rencontre des femmes formidables, des mères issues de tous les milieux, courageuses, généreuses, ingénieuses… Grâce à Louise pis au Triolet, je me bâtis tout un réseau. Les femmes deviennent mes amies. On se côtoie non seulement à la garderie mais aussi en dehors pour faire des activités avec nos enfants ou souper au resto entre filles. Je suis contente d’avoir enfin des amies. William aussi.


Les années passent. Je déménage souvent mais toujours dans le même quartier. En 2001, Renaud doit pas avoir deux mois quand y commence à fréquenter la pouponnière du Triolet. En 2003, c’est au tour de Morgan d’y faire son entrée. Pendant toutes ces années-là, je fréquente Louise, Linda, Johanne, Nathalie, Lyne, Juliette, Marie-Josée, Mélanie, Martine, Sylvie, Chantal, Julie pis d’autres mamans plusieurs fois par semaine. Le Triolet est littéralement ma deuxième maison. Je participe à toutes les activités qui sont proposées. Je deviens secrétaire puis présidente du conseil d’administration. Toute ma vie est organisée autour du Triolet. Je vois pas le jour où je fréquenterai pu cet endroit-là mais… les années filent. Inexorablement.




De fil en aiguille, le temps déboule pis la vie suit son cours. Avec le temps, les occasions de voir mes amies se rarifient mais je reste proche de quelques-unes, dont Louise. Louise, c’est la fille qui sonne chez nous sans prévenir pour m’apporter une soupe maison ou des bonnes betteraves fraîchement préparées. C’est aussi la fille que je texte à cinq minutes d’avis pour aller prendre une marche. « Dans dix minutes en bas de chez vous » qu’elle me répond. Louise, c’est l’amie toujours disponible, toujours prête.
En 2015, Louise est frappée d’un cancer du sein. Je la mets en contact avec ma soeur qui est tout juste rétablie du sien. Les deux deviennent amies. Louise apprécie l’optimisme à toute épreuve de ma soeur qui elle, apprécie l’énergie pis la bonne humeur de Louise. C’est un match gagnant. En plus, les deux peuvent parler ensemble de leurs déboires de santé, ce qui fait égoïstement mon affaire même si Louise est tout sauf plaignarde. Quelques mois plus tard d’ailleurs, Louise vient prêter main forte à ma soeur pis mon beauf lors de la levée de fonds annuelle de Kurling for Kids. Comme tous les ans. j’y suis aussi, avec mes enfants. Joey, qui est toujours resté ami avec William est aussi de la partie. On passe une belle journée.

En 2018, Louise est frappée d’un deuxième cancer, dans l’autre sein. Elle s’en est remet, encore. De toute façon, je l’ai toujours dit, Louise est pas tuable. Autant d’énergie, de vigueur, de mouvement pis de bruit dans une personne si menue, c’est juste pas croyable. Après une double mastectomie, on reprend nos marches improvisées, marches pendant lesquelles on jase de tout pis rien. Louise aime me parler de son Mario, l’amour de sa vie, pis de ses enfants, dont elle est tellement fière. À partir de 2020, mon amie commence à me faire le décompte des jours qui la séparent de la retraite. «Décembre 2022, j’la prends enfin» qu’elle me dit. Deux ans, un an, six mois… Louise a hâte, d’autant plus que 2022 la rend grand-mère trois fois plutôt qu’une avec Eva-Marie qui accouche d’une belle petite fille pis la femme de Joey qui donne naissance à des jumelles peu de temps après. Louise est folle de joie. Le 23 décembre, la retraite tant attendue est porteuse de tous les rêves.

Louise est pas tuable je disais.
Mais Louise est morte.
Mardi.
Après avoir survécu à deux cancers, elle est décédée des complications d’une chirurgie relativement banale. À son chevet, mardi, aux soins intensifs, je repense à notre première rencontre, à sa soupe, ses betteraves, nos grandes marches, nos discussions… Je la vois en train de s’en aller mais j’y crois pas. Je peux pas croire qu’une chose si injuste puisse se produire. Quatre jours plus tard, je le crois toujours pas.
RIP ma belle amie. Je continuerai à illuminer un petit lampion pour toi, comme toi tu as illuminé ma vie. 😥

Mes sympathies à toute la famille. Mario, Joey, Eva Marie. Je pense à vous tous comme si c’était hier. Que la continuité de votre chemin brillent et continuent dans l’amour et l’amitié. xxx
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