Publié dans Aventures

Caraquet

Je dors profondément quand mon alarme sonne à 6h. à matin. Dans Mon Joli motel d’ailleurs, je dors toujours bien mais chaque fois, y faut que je me lève tôt pour m’en aller quelque part. Aujourd’hui, mon scénario fait pas exception à la règle. Y faut que je roule jusqu’à Caraquet parce que c’est là que je dors à soir. Ça, ça représente environ 350 km de route (4.5h.) + au moins un arrêt en chemin. En plus, je veux absolument aller visiter le Village historique acadien pis au travers de tout ça, y faut que je calcule que je vais perdre une heure de ma journée à cause du décalage. Inutile de dire que j’ai pas le temps de niaiser. Heureusement, j’ai bien récupéré d’hier pis je me sens en pleine forme faque je me lève comme si le feu était pogné dans mon lit pour paqueter mes petits tout en siphonnant un jus d’orange dans une boîte à boire. À 6h45, je suis dans mon char. Ouin, ça a l’air long de même mais j’ai quand même passé une couple de minutes à l’ordi pour checker la météo pis mon chemin. Aller là-bas en tant que tel, c’est pas compliqué mais quand j’ai regardé mes affaires la semaine passée, Google map m’annonçait que la route entre Mont-Joli pis Caraquet était fermée pis qu’il y avait pas d’autre itinéraire possible. En même temps, ce même Google map me proposait un autre itinéraire (???) 100 km plus long. Eille, je dis pas, 5 ou 10 km, on fera pas de caprices pour ça, mais 100, ça commence à faire une petite trotte. Bref, comme je trouvais ça irréaliste, je me suis patenté moi-même un autre chemin faque là, fallait que je le regarde comme il faut pour pas me ramasser dans un détour signé Google. 😬

Googleries

En partant de Mont-Joli, j’arrête à la commande à l’auto du Tim pour attraper café-croissant pis j’en profite pour gazer mon char au passage. On est jamais trop prudent quand on roule en territoire inconnu. Toujours est-il qu’il est finalement 7h. quand je prend la 132 vers la Vallée de la Matapédia. L’été passé, j’ai emprunté ste chemin-là dans le sens inverse pis j’ai trouvé ça plate à mourir. Cette année, c’est tout le contraire. Le paysage me semble magnifique. Est-ce que c’est dû à l’orientation de la route ou au fait qu’à matin y fait GROS soleil tandis que l’autre jour, j’étais dans la grisaille pis le brouillard ? Est-ce mon humeur qui est plus joyeuse comparativement à l’an passé quand ste chemin-là sonnait la fin de ma semaine en Gaspésie ? Y’a probablement un peu de tout ça. Quoiqu’il en soit, la route est belle pis le temps aussi, si bien que j’aboutis en temps et en heure aux portes du Nouveau-Brunswick, après un dernier petit pipi québécois dans la halte à proximité. 🚺 À partir de ste point-là, y faut que je fasse attention pour pas me retrouver soit dans la route potentiellement fermée, soit dans le détour de 100 km. Pour être certaine que Google me fasse prendre le trajet que j’ai élaboré, j’ai programmé comme destination un phare qui va l’obliger à me faire suivre le chemin que j’ai choisi. En arrivant au dit phare, je m’arrête pour admirer le panorama en mangeant mon croissant. Franchement, y’a pire décor pour manger une collation.

Pont séparant le Québec du Nouveau-Brunswick
Phare Inch Arran
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En quittant le phare, y me reste précisément 150 km à parcourir dans toute ma journée. C’est pas tant que ça mais ces kilomètres là, comme les 200 que je viens de faire, sont tous sur des routes en face à face dont la maximum varie de 50 à 90 km/h. Ici d’ailleurs, y’a beaucoup de boutes de route limités à 60 km/h, chose qu’on voit rarement chez nous. Aussi, je sais pas si c’est moi qui suis délinquante mais personne semble outrepasser les limites permises. Sur la route 134, je prends donc mon mal en patience. Certains tronçons, ceux qui passent tout près de l’eau, offrent une jolie vue. Sur d’autres segments, je suis tout fin seule à circuler, au milieu d’arbres, sans croiser ni villages ni indications pendant des dizaines de kilomètres. 🌳🌳🌳 Le seul espoir auquel je me racroche, c’est le temps pis la distance qui diminuent sur mon GPS. À 13h20, j’arrive finalement au Village historique acadien. Si on tient compte que j’ai avancé d’une heure en changeant de province, ça m’a pris 5h20 pour me rendre à destination. Pas pire pantoute. La madame est contente. 😀

La madame est contente mais en débarquant de son char, elle se rend compte qu’y fait chaud en estie. 🥵 Oui, j’avais pourtant vu l’avertissement de chaleur à matin mais on dirait que j’y croyais pas. Dans le parking, deboute sur l’asphalte, avec un ressenti de 38°C, j’y crois subitement. Soucieuse de pas cuire bord en bord ou de pas pogner de coup de chaleur, je me badigeonne généreusement de crème solaire (j’hais ça !), j’attrape ma bouteille d’eau pis je pars à la conquête de l’Acadie. La visite du Village s’avère complètement captivante. Chacune des maisons du site est une vraie maison d’acadien qui se trouvait auparavant quelque part dans la province. Plus passionnant encore, dans chacune des habitations, y’a un guide, en costume d’époque, qui nous explique exactement qui vivait dans la maison, quel métier excerçait le père de famille, combien y’avait d’enfants, etc. Les guides sont bilingues. Quand je suis toute seule avec eux-autres, j’écoute la présentation en français. Quand y’a des anglophones qui rentrent en même temps que moi, j’écoute la version en anglais. Selon l’accent du guide, yé parfois plus facile à comprendre en anglais qu’avec sa parlure francophone. Chose certaine, je leur lève mon chapeau de travailler habillés de même par une chaleur pareille. 🏅 Les hommes sont vêtus de salopettes, de chemises, de berrets pis de grosses bottines. Les femmes, elles, portent plusieurs épaisseurs de robes pis des foulards sur la tête. En plus, dans chacune des maisons, y’a un feu (un vrai) allumé dans le foyer. 🔥 Laissez-moi vous dire que c’est loin d’être frisquet.

La plus vieille des maisons acadiennes
Une guide avec son costume d’époque
Le guide masculin qui fût mon coup de coeur. ❤️

De fil en aiguille, j’en apprends un peu plus sur le mode de vie des Acadiens. C’est fascinant de voir comment ces gens-là vivaient, à quel point y travaillaient fort pis combien y’étaient ingénieux. Oui, on le sait que la vie était pas facile dans le temps mais on dirait qu’on l’oublie. Quand on s’y attarde en tout cas, on peut juste être impressionnés. 😯 Franchement, si c’était pas de la chaleur accablante, j’y resterais la journée entière pis je reviendrais demain pis le jour d’après. Pour aujourd’hui, après trois heures, j’ai eu le temps de voir l’essentiel des bâtisses. Dans la dernière maison que je visite, la guide me dit que tous ceux qui viennent ici ont la piqûre pis finissent par revenir. J’ai pas de misère à la croire. J’en sors effectivement avec la piqûre mais surtout DES piqûres. 🦟🦟🦟 À trop me concentrer sur la crème solaire, j’ai complètement omis de m’enduire de mon chasse-moustique chèrement payé à Baie-St-Paul. Que voulez-vous, c’est ça quand tu viens de la ville. À Montréal en plein jour, des maringouins, y’en a pas ! En tout cas, les moustiques néo-brunswickois sont voraces sur un méchant temps. J’espère que c’est pas de même dans toute la province…

Station-service Irving. La première station de je sais pas trop quoi parce que j’ai pas compris l’accent du guide…
Le Château Albert. C’est la seule bâtisse qui est une reproduction, l’originale ayant été détruite par un incendie en 1938.

En quittant le Village, je me dirige directement vers mon hébergement du jour, situé à seulement 7 km plus loin. Comme c’est un genre de gîte avec entrée autonome pis que j’ai toujours peur de rester pognée dehors, je m’empresse d’aller faire mon check-in pendant qu’il y a encore des secours sur place. La chambre que j’ai louée est située dans une mignonne petite auberge administrée par un monsieur fort sympathique. Le seul hic, c’est que j’ai pas de vue sur l’eau pis que je dois prendre mon char pour aller manger. Là, yé rendu pas loin de 18h., je suis brulée pis j’aspire juste à aller chercher n’importe quoi à l’épicerie pour manger dans ma chambre. Mais bon, y faut ben que je m’avoue que c’est un plan de marde. Je m’en rends compte moi-même en m’écoutant exposer mon projet à Guy, le tenancier de la place. Eille, je suis à Caraquet, avec un beau bord de mer à proximité, pis ça fait six mois que je compte les jours pour venir ici. Je peux quand même pas me confiner dans ma chambre, si cute soit-elle. Y’a toujours ben des limites à l’absurdité. Pis à part ça, depuis quand je suis trop fatiguée pour faire des affaires ? Pis c’est quoi 5-6 km de plus comparativement au 1000 que j’ai roulés depuis hier matin ? Quinze minutes plus tard, je sirote une bière sul bord de l’eau. 🍺 Une maudite bonne bière frette. Une bière vraiment désaltérante. Une bière qui m’abrutie instantanément tellement le soleil tape encore. 🌞

Maison Touristique Dugas
Ma chambre
Une bonne bière frette à Caraquet !

Saoule mais encore plus affamée, je me commande des pâtes aux fruits de mer ÉCOEURANTES que je dévore, toujours au Quai de Caraquet. Ça me redonne un peu de pep pour marcher sur la promenade avant de rentrer au bercail. Je suis contente d’être finalement sortie. J’ai bien bu, bien mangé, bien marché. De retour à mon gîte, je coupe l’air climatisé pis j’ouvre la fenêtre de ma chambre. Dehors, j’entends quelqu’un jouer de l’accordéon dans la cour de mon auberge. Je m’endors là-dessus. Moment parfait. 😍

Mon souper au bord de l’eau
Carrefour de la mer, Caraquet
Trajet du jour

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